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L’Or du Rhin de Richard Wagner à Genève

Venant après une longue suite de productions (dont la plus belle reste sans doute celle de David McVicar à Strasbourg), ce Ring monté par le tandem Dieter Dorn- Jürgen Rose a choisi clairement le retour aux sources plutôt qu’une énième spéculation interprétative. Plateau nu, armature du théâtre apparente, un simple rideau flottant figure le flux du Rhin tandis que le Dieux sortent quelques instants plus tard d’une vulgaire tente, masqués comme au théâtre antique. Rien qui ne soit fidèle au livret du compositeur dans cette lecture archi-lisible qui vous ferait passer Wagner pour un pédagogue ! Seules les photos d’archives de guerres récentes, projetées en ouverture de rideau, font référence au monde d’aujourd’hui. Ridiculisés, leur forteresse se réduisant à un simple dessin, les dieux font pâle figure, augurant d’une lecture volontiers humaniste, moquant les vaines luttes pour la domination du monde.

Opéra Wagner Or du Rhin GenèveMais la plus belle idée des metteurs en scène, c’est précisément de cacher leur jeu. La magie opère d’autant mieux qu’on ne voit pas d’où elle surgit. Le heaume d’Albericht est véritablement magique et le fait disparaître au beau milieu de la scène d’une simple extinction des feux, avant qu’il ne renaisse, floué, en crapaud, ou en dragon volant digne d’un conte pour enfants. Utilisant aussi bien le profondeur de la scène pour faire venir les dieux que les trappes pour faire surgir le monde souterrain du Nibelheim, un des plus beaux moments de ce prologue, derrière leur minimalisme apparent, Dorn et Rose n’oublie pas leur savoir-faire pour utiliser tout le potentiel de la scène. C’est on ne peut plus intelligent. Fidèles au mythe par la magie, ils n’en oublient pas pour autant la dimension théâtrale, particulièrement présente dans le prologue, davantage centré sur l’action et la comédie que le reste du drame wagnérien. Bon chanteur et excellent comédien, Corby Welch campe un Loge asexué et opportuniste, faisant le lien entre les différents mondes et personnages. On peut simplement regretter un décor un peu trop prosaïque, très arte povera, quand il s’agit de faire surgir les filles du Rhin de vulgaires cubes asymétriques (en guise de rochers ?), ou s’envoler les Dieux en ballon noir devant un malheureux rideau arc-en-ciel pour figurer le Walhalla, que la pauvreté des lumières de Tobias Löffler, sans nuance ni effets d’ombre, ne parvient jamais à mettre en valeur.

Genève Opéra WagnerMais l’autre point fort de ce Ring, c’est sa parfaite cohésion entre scène et fosse. Si l’orchestre de la Suisse Romande et notamment les cuivres étaient encore en rodage lors de l’ouverture le soir de la première, la direction d’Ingo Metzmacher fait preuve de la même lisibilité que la mise en scène, privilégiant la narration sur la méditation ce qui, là encore, sied parfaitement au prologue. Alerte, foisonnant, il soutient magnifiquement le propos et les voix, globalement très homogènes. John Lundgren impressionne d’entrée de jeu en Alberich et peut convoquer toute une palette expressive, tout comme le Wotan de Tom Fox, convaincant, subtil, tour à tour autoritaire et vulnérable. La Fricka de la mezzo russe Elena Zhidkova n’est pas en reste.

Une belle production donc, limpide et intelligente , dont le potentiel devrait trouver à se bonifier en se confrontant à la trilogie qui suit, à commencer par la Walkyrie promise en novembre dont on guette déjà la chevauchée.

Luc Hernandez

Photos : GTG / Carole Parodi.

L’Or du Rhin de Richard Wagner, jusqu’au 24 mars au Grand Théâtre de Genève. www.geneveopera.ch

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