La guerre de l’Ecole des femmes à Lyon !

Deux versions simul­ta­nées de l’Ecole des femmes, au TNP et au Point du jour, c’est rare. Clas­sique ou déjan­tée ? A vous de choi­sir. Avec pour les dépar­ta­ger un excellent Feydeau au casting parfait à la Tête d’Or. C’est la rentrée théâtre ! L’Ecole des femmes 1 : le théâtre scolaire perma­nent LES MOLIERE DE VITEZ Il faut aller au théâtre du Point du jour pour vivre une expé­rience unique : se retrou­ver au milieu d’une salle de pré-pubères (très) majo­ri­taires, piaillant comme un vendredi à la cantine, rica­nant pendant tout le spec­tacle, termi­nant à moitié debout pour saluer la perfor­mance des jeunes comé­diens, tous issus du Conser­va­toire régio­nal, débi­tant de l’alexan­drin en jean baskets en 1h35 chrono. Une gageure. On ne sait si le Point du jour ne serait pas devenu un théâtre scolaire perma­nent, mais il a au moins le mérite de rajeu­nir sévè­re­ment un public qui en a bien besoin. L’ap­proche contem­po­raine ne manque pas d’in­tel­li­gence : les entrées en forme de running gags d’Ho­race – benêt border line tout droit sorti d’un film de Haneke – sont irré­sis­tibles, Agnès est on ne peut plus pulpeuse face à un Arnolphe ridi­cu­lisé au possible dans sa mascu­li­nité infa­tuée (Julien Michel, excep­tion­nel d’en­ga­ge­ment). Ce théâtre très physique sert la critique sociale des rapports homme-femme et le texte retrouve une élec­tri­cité qu’on ne lui avait pas connue avant qu’il ne soit long­temps. Dommage alors qu’on retrouve les gimmicks puérils d’ado attardé valables dans TOUTES les mises en scène de Gwenael Morin : sortir de scène en marchant sur les dossiers des spec­ta­teurs, faire trois fois le tour du public quand on est énervé, verser la “pisse” d’Ar­nolphe sur scène après l’avoir fait slamé sur son pot de cham­bre… C’est aussi agaçant que stimu­lant. L’Ecole des femmes de Molière au Théâtre du Point du jour. Tous les mardis à 20h jusqu’au 31 octobre. Le samedi à 14h dans le cadre d’un inté­grale des 4 Molière (Dom Juan, Tartuffe, Le Misan­thrope) Photo : Pierre Grib­bois. L’Ecole des femmes 2 : la dame de chez Maxime ecole-femmes-TNPVision évidem­ment diamé­tra­le­ment oppo­sée dans le temple du TNP. En grand intel­lec­tuel, Chris­tian Schia­retti reprend en cohé­rence le prin­cipe du théâtre de tréteaux qu’il avait entamé avec les Farces de Molière. Mais trop respec­ter les règles de l’art peut virer à la fausse modes­tie pour un metteur en scène et il n’évite pas toujours l’écueil d’un théâtre mauso­lée privi­lé­giant la pronon­cia­tion à l’in­car­na­tion. Les costumes aussi pesants que des doubles rideaux et les dizaines de lampa­daires statiques de part et d’autre de la scène achèvent de figer un plateau rétréci comme cette maison d’en­fant dessi­née pour seul décor, confiné presque tout du long autour du seul verbe. La leçon vient évidem­ment d’un Robin Rennucci au sommet de son art, éclai­rant la langue du Grand Siècle comme un phare, face à l’Agnès épatante de Jeanne Cohendy, pétrie d’in­com­pré­hen­sion jusqu’à la toute fin. Mais c’est Maxime Mansion en Horace, comé­dien de la troupe du TNP marchant deux fois plus vite que tout le monde, qui captive l’at­ten­tion à chaque entrée sur scène, alors que son rôle n’au­rait pu rester qu’un modeste complé­ment. Terrien, sous sa voix soyeuse proje­tée en pure grâce avec un natu­rel confon­dant, on a le senti­ment qu’il est le seul à avoir gardé un corps sous le verbe haut. Un acteur magni­fique. L’Ecole des femmes de Molière par Chris­tian Schia­retti. Au TNP à Villeur­banne jusqu’au 7 novembre. Grande salle à 20h (dim 16h). Photo : Robin Renucci et Maxime Mansion (@ Michel Cavalca). Ciel, un Feydeau ! Monsieur-Chasse-1Et si la meilleure pièce de la rentrée était à voir au Tête d’Or ? 5 portes alignées dans un décor blanc abstrait… En grand arti­san, avec son Monsieur Chasse, Jean-Paul Tribout (Pujol des Brigades du Tigre) réin­vente la géogra­phie du vaude­ville, ouvrant en deuxième partie sur un décor de chambre splen­dide inspiré des toiles d’Ingres. Mais l’es­sen­tiel est bien là : nous faire entendre cette langue espiègle, subtile, ryth­mée comme de la musique, se jouant des conven­tions sans jamais en être l’es­clave. “En amour comme en chirur­gie, il ne faut pas étaler les instru­ments à l’avance” et Tribout prend juste le temps qu’il faut pour distri­buer les quiproquos et faire prendre la mayon­naise, épau­lée par une troupe parfai­te­ment homo­gène, dont un étrange sosie d’Ar­naud Monte­bourg, mais c’est une autre histoire. En fiston noncha­lant avec sa voix de dessin animé, Thomas Sagols (au centre) est irré­sis­tible. Le diver­tis­se­ment idéal de l’au­tomne. Monsieur Chasse de Feydeau, mis en scène par Jean-Paul Tribout. Au Théâtre Tête d’Or jusqu’au 18 octobre, puis du 4 au 16 novembre. 04 78 62 96 73. 42/45 euros. www.thea­tre­te­te­dor.com Photo : LOT.

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