Carmen : la loi du désir

Eloge du chant et de la danse comme la résistance flamboyante des minorités contre toute forme d’asservissement, Olivier Py signe une Carmen festive et subversive, drôle et tragique, comme toujours dans une scénographie grandiose de Pierre-André Weitz.

Fini les espagnolades, la Carmen d’Olivier Py est une femme de chair et de sang, artiste de cabaret, libertaire, qui donne son corps en spectacle et choisit ses amours à son gré. Dans un théâtre dans le théâtre au rideaux rouges passé aux lumières de la rampe, elle surgit un serpent sur les épaules pour chanter le danger (le fameux « Prends garde à toi »), devant un chœur médusé assis au premier rang. Comme d’habitude, la scénographie de Pierre-André Weitz est exceptionnelle, gigantesque manège tournant faisant aussi bien ressortir la féerie du monde du spectacle que la noirceur des bas-fonds de cette France d’immigrés et d’hors-la-loi, aussi violente que flamboyante. Joyeusement subversif, Olivier Py transforme les ouvrières en meneuses de revue et Don José en clown lorsque ses amours deviennent par trop ridicules. Le monde du music-hall convient à merveille à la santé de la musique de Bizet, à ses couleurs et à ses contrastes, en même temps qu’il expédie les quelques faiblesses du livret. Le ton est donné d’entrée de jeu : une fille de joie se déshabille et remplace le drapeau français sous l’hôtel de police par son déshabillé. Enlevée, poétique, tournoyante jusqu’au vertige, cette Carmen se déconstruit peu à peu pour terminer dans un superbe corps à corps, décor à nu, sur la loi la plus arbitraire du désir et du refus. Après avoir dansé ensemble, les deux amants au combat dansent littéralement l’un contre l’autre. Du grand spectacle politique et populaire, visuellement époustouflant, qui revient avec une distribution toute neuve : le vaillant Riccardo Minasi au pupitre, Kate Aldrich en Carmencita, et l’ancien Claude d’Olivier Py Jean-Sébastien Bou, cette fois dans les habits de lumière d’Escamillo.

Carmen de Georges Bizet

Mise en scène Olivier Py. Scénographie Pierre-André Weitz. Direction musicale : Riccardo Minasi.
Du jeudi 30 avril au dimanche 17 mai à l’Opéra de Lyon. 20h (dim 16h). De 13 à 94€. www.opera-lyon.com

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