Rone « Je ne suis ni un gros geek ni un fin musicien ! »

Il est l’un de nos coups de cœur d’une Nuit 4 plus que parfaite des Nuits sonores dont il partage l’affiche avec Clinic, The Orb, Jon Hopkins et Laurent Garnier. Vous devriez arriver à voir les différents sets répartis sur plusieurs scènes exactement dans cet ordre si l’on en croit le programme officiel, en jonglant habilement entre les Halles 1 et 2. Quoi qu’il arrive, assurez-vous d’être à la Halle 2 au bon moment, c’est-à-dire précisément à une heure passée de trente minutes, lorsqu’Erwan Castex, alias Rone, prendra possession de ses machines et donnera vie aux étranges créatures qui peuplent son troisième et magnifique album. Entretien long drink.

 

Comment se déroule la tournée ?

Rone: « C’est intense! Avant-hier j’étais en concert à Londres, hier à Perpignan, je viens d’arriver à Paris et demain je joue à Amsterdam : tout s’enchaîne vite.

 

Vous utilisez le mot « concert » qui n’est pas anodin dans le monde de la musique électronique où on lui préfère souvent les termes de nuit, soirée, live ou DJ set…

Oui, je vois vraiment mes prestations scéniques comme des concerts. Tout d’abord, parce que je ne fais jamais de « DJ sets » au sens pur et dur du terme. Je joue toujours mes propres morceaux que j’essaie de réinventer sur scène. Récemment, j’ai essayé d’apporter du silence par exemple, et de nouveaux instruments sur scène. Bien sûr mon ordinateur reste mon instrument essentiel, mais j’utilise aussi des percussions électroniques, un synthétiseur et même un Thérémine qui au départ était un gadget et qui est en train de devenir une pièce importante de mon dispositif. C’est lui qui fait « parler » les créatures que j’ai envie d’invoquer sur scène pendant mes concerts…

 

Créatures, c’est le nom de votre troisième album. On y découvre une nouvelle facette de votre art, justement à mi-chemin entre la production électronique et des styles plus organiques comme la pop ou la chanson.

 J’ai un peu le cul entre deux chaises, oui. (rires) Techniquement, je ne suis ni un gros geek de machines électroniques, ni un fin musicien. Au début cela me complexait un peu par rapport à des gens qui avaient fait le Conservatoire ou ces choses-là mais aujourd’hui plus du tout. Cet aspect un petit peu bricolé me plait et j’apprécie la liberté de travailler selon mes propres règles.

 

Avec l’ambition d’ériger des passerelles inédites entre les deux univers ?

Oui, je tiens à l’aspect électronique parce que c’est de là d’où je viens et je ne vais pas me transformer en groupe pop à moi tout seul ! Mais avec Créatures, j’avais envie de faire entrer de la chair dans mes machines, d’obtenir un truc un peu étrange. C’est passé par le biais de collaborations avec des chanteurs et d’autres musiciens comme Étienne Daho, François Marry de François & the Atlas Mountains, Bryce Dessner de The National…

 

Racontez-nous votre rencontre avec Bryce Dessner.

Je l’ai d’abord rencontré à Brooklyn. Nous avions sympathisé. Il m’avait rappelé quelques mois plus tard lorsque The National terminait leur dernier album à Berlin. Ils m’ont fait écouter le disque, sublime, et demandé de faire quelques petits travaux de production. J’avais pris beaucoup de plaisir à travailler avec eux alors il m’a semblé logique de demander à Bryce de jouer de la guitare sur mon album. Il a eu la gentillesse d’accepter alors qu’il était en tournée, c’était une période chargée pour lui. J’ai cru à un moment que ça n’allait pas se faire. Mais un soir il a passé la nuit à enregistrer des parties de guitare sur mes morceaux et m’a envoyé tout ça au petit matin. J’en ai utilisé une partie sur Créatures, mais j’en ai encore que je garde précieusement… (rires). Bryce est quelqu’un de fascinant. C’est sans doute l’un des musiciens les plus ouverts que j’ai rencontré. J’ai énormément appris à ses côtés.

 

Juste avant ce final planant nimbé des guitares de Dessner, il y a Quitter la ville, la fabuleuse chanson écrite avec François Marry…

C’est une jolie histoire aussi. Nous nous sommes rencontrés à la fin d’un concert à Bordeaux et nous avions bien accroché. Le lendemain, il m’envoyait un email super sympa en me disant que la soirée lui avait inspiré une chanson. J’avais trouvé la démarche touchante et la maquette excellente mais je l’avais mise de côté car j’étais à l’époque pris par d’autres projets, si bien que ça a bien failli passer à la trappe. C’est seulement lorsque j’ai commencé à réfléchir à Créatures que je suis retombé dessus et me suis dit : « ce morceau s’intègre parfaitement dans l’album » !

 

Comment arrivez-vous à traduire toutes ces collaborations sur scène, où vous êtes seul ?

Il y a une énergie complètement différente, un vrai décalage entre le disque qui est assez doux et les concerts qui peuvent être très énergiques. Me retrouver seul face à cet album me donne l’occasion de me réapproprier les morceaux et de les présenter au public dans des versions véritablement différentes et complémentaires du disque. Cela me permet de réinterpréter les morceaux et de les emmener encore plus loin. À côté de ça, je garde le fantasme d’arriver à réunir un jour tous les musiciens qui ont travaillé sur ce disque afin de le revisiter ensemble, d’une autre manière encore… »

 

Nuit 4 des Nuits Sonores. www.nuits-sonores.com

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