Nuits de Fourvière : « Le festival idéal serait un festival de créations »

Plus de théâtre, un peu moins de rock, les Nuits de Fourvière fêtent leur 70 ans avec Tim Robbins en ouverture, pour un festival de plus en plus axé sur les créations de spectacle vivant. Plongée dans les coulisses du plus grand événement culturel de la région avec son directeur, Dominique Delorme.

 

Les Nuits s’ouvraient l’an dernier avec Bob Wilson, cette année avec Tim Robbins pour la première française du Songe d’une nuit d’été. Y a-t-il une volonté d’axer davantage la programmation vers des créations internationales ?
Dominique Delorme : « C’est assez traditionnel de commencer par du théâtre, notamment pour laisser un temps de répétition disponible dont on ne dispose plus une fois le festival lancé. Depuis l’origine il y a 70 ans, les Nuits sont un festival pluridisciplinaire. Il y a eu une seule hésitation, en 1953, pour en faire un festival de musique classique un peu comme Aix, mais ça n’a pas duré. J’ai toujours voulu renforcer ce choix, d’abord en faisant rentrer le cirque, qui n’existait pas. Ensuite en consacrant les 3 quarts des représentations au spectacle vivant. Il n’y a que 25 dates de musique sur 150 représentations. Evidemment, c’est un effet d’optique. La musique n’est pas un ersatz. Elle fonctionne en général sur une seule date alors qu’en spectacle vivant, on a moins de titres mais plus de représentations. On essaie de faire des créations dans tous les domaines. Pour moi, le festival idéal, ce serait un festival de créations. En plus de Tim Robbins, on fait 30 représentations avec Bartabas et on soutient la compagnie de cirque Baro d’Evel en qui on croit beaucoup pour la création de Bestias. On commence toujours le festival en juin par des créations avant de basculer sur les concerts de musique populaire en juillet.

 

A quel moment arrêtez-vous la programmation en considérant qu’elle est bonne ?
Quand c’est plein ! (rires) Quand il n’y a plus de dates possibles.

 

Vous n’avez pas une science des équilibres, en tenant compte du dosage entre rock et théâtre par exemple ?
Non, on ne fonctionne qu’à partir de nos coups de cœurs. On s’est rendu compte par exemple cette année après coup qu’on n’avait pas de rock indé. On n’a sans doute pas eu des choses qui nous ont particulièrement bouleversées, mais ce n’est pas prémédité. On a plus de théâtre, c’est comme ça. Mais on ne raisonne pas en terme de dosage entre ceci et cela. On accompagne des artistes qu’on aime, comme on reprend Opus de la compagnie Circa parce qu’ils n’ont pas pu jouer à Moscou comme prévu et qu’on ne voulait pas les laisser en plan. On n’avait plus de place mais on a demandé à Victor Bosch de les accueillir au Radiant.

 

Qu’est-ce que change le passage sous l’égide de la Métropole ?
La transition s’est très bien passée, et ce n’est pas de la langue de bois. Quand j’avais vu Gérard Collomb, il m’avait dit : « ça marche, on va bien garder comme ça ». C’est ce qui s’est passé. Les statuts sont exactement les mêmes, comme la convention de gestion signée pour 6 ans qui a été reconduite et qui garantit les subventions.

 

Avec une stabilité des financements ?
Non, les conventions ne garantissent jamais un financement, elles sont purement indicatives. En 2015, on a eu exactement la même subvention que depuis 2002, c’est-à-dire 3 710 000 euros. Pour 2016, personne n’en sait rien encore, le budget n’est pas encore construit. Peut-être que tout le monde sera soumis à un effort, peut-être pas. On se mettra autour de la table et on regardera comment on fera. La Métropole, pour l’instant c’est un exercice d’apprentissage. A mon avis, il faudra au moins deux ans pour avoir une visibilité à peu près claire. Mais ça ne me choque pas le cas échéant que la culture participe à un effort s’il doit avoir lieu. Ce que je ne veux pas, c’est me retrouver au dernier moment à ne pas pouvoir payer un artiste que j’ai engagé. Mais je suis sûr que tout le monde fera au mieux pour protéger l’événement.

 

Les cachets des stars se calment-ils aussi un peu avec la crise ou pas du tout ?
On peut parler en masse par exemple sur la période de 13 ans avec la même subvention. Si les cachets avaient augmenté de façon gigantesque et qu’on soit asphyxié, la programmation aurait diminué mécaniquement. Or il y avait 38 représentations en 2002 pour 150 aujourd’hui avec 52 spectacles. C’est déjà un élément de réponse. Mais ce qui se passe surtout, c’est l’effondrement des revenus du disque. Aujourd’hui, les artistes comptent sur les concerts pour vivre, et non plus sur les disques. Ça change toute l’économie.

 

Et au niveau des stars ?
C’est une question très complexe. C’est l’arbre qui cache la forêt. Je pense que les exigences sont plus grandes, que ça a pu augmenter un peu, mais c’est tellement disparate qu’on ne le sent pas vraiment, d’abord parce qu’on a la chance d’avoir un lieu sur deux mois ouvert tous les jours. Les stars de niveau mondial sont très demandées sur les jeudi, vendredi, samedi, à cause des « festivals de plein champ ». Si elles décident de faire peu de concerts, forcément, la demande est forte et l’offre est faible, surtout concentrées sur quelques week-ends, donc les prix grimpent. Nous, comme on joue tous les jours sur deux mois, on peut retrouver les même artistes deux à trois fois moins cher. Si les équipes sont sur la route, elles ont intérêt à éponger des frais par un concert. C’est très libéral. Mais ce n’est pas un milieu homogène, qui reste artisanal. Mais on s’en sort souvent très bien.

 

Bjork vient quel jour ?!
Un lundi ! Mais c’est un cas encore différent. Elle est déjà venu il y a deux ans. Je lui avais fait une cour effrénée pendant 5 ans. J’étais même allé à Reikjavik chez elle avec son tourneur français pour aller l’écouter et la rencontrer. Elle était sensible à la démarche. Quand elle a sorti son dernier album Vulnicura, elle a dit il n’y aura qu’une date en France, ce sera à Lyon. C’est elle qui voulait revenir, et dans les mêmes conditions financières que la dernière fois.

 

C’est à peu près combien ?
On ne peut pas le dire… Mais ça ne dépasse jamais la recette (c’est-à-dire 4400 places à 58 € soit 250 000 euros, ndlr).

 

Y a-t-il d’autres gros poissons comme Bjork que vous coursez depuis des années ?
Ça devient difficile ! Keith Jarrett a toujours refusé par exemple un concert en piano solo en extérieur. Tom Waits refuse aussi les extérieurs systématiquement, mais on essaie par tous les bouts et on reste en contact avec lui. Mais ce n’est pas gagné…

 

Vous publiez aussi un livre pour les 70 ans le 26 juin ? Quels étaient les grands concerts historiques des Nuits ?
On ne partait pas d’une feuille blanche du tout, c’est sûr ! Il y a eu Bowie, Jeff Buckey, ou Johnny Halliday trois soirs de suite. On a complété le tableau ! Les mythiques sont presque tous venus, mais ça ne veut pas dire qu’on ne les fera pas revenir ! »

Propos recueillis par Luc Hernandez

 

 

Ouverture des Nuits de Fourvière mardi 2 juin avec :
« Le Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare par Tim Robbins au Grand Théâtre à 21h30 jusqu’au 4 juin. De 22,50 € à 30 €.

« Bestias » par la compagnie de cirque Baro d’Evel, au parc de Lacroix-Laval. Jusqu’au 17 juin. De 16,50 € à 22 €. www.nuitsdefourviere.com

Concert de Tim Robbins & friends vendredi 5 juin à 21h à l’Odéon. De 30 à 40 €.

Toute la programmation sur : www.nuitsdefourviere.com

 

Retrouvez aussi dans Exit n°30 en kiosque les interviews de Dominique A., des 7 doigts de la main et tous les spectacles des Nuits de Fourvière.

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