Woods à Lyon : le concert du mois

Voici une bande de jeunes gens new-yorkais qui a longtemps pris le concept do it yourself au pied de la lettre, quitte à passer pour un groupe de hippies improvisateurs sans vision, trop hésitants entre une forme de classicisme folk-rock et un goût prononcé pour les déconstructions bruitistes et envolées psychédéliques. Jusqu’au septième album Bend Beyond, sorti en 2012, ils enregistrent ainsi la totalité de leur discographie depuis le confort exigu de l’appartement du leader Jeremy Earl. Ce sera le secret de leur son délicieusement déglingué: du Grateful Dead à la sauce Sonic Youth. Le raffinement folk à l’épreuve du jusqu’au-boutisme lo-fi. Mais comme leurs héros soniques avant eux, ils arrivent en 2014 à un point où la perspective d’embaucher un ingénieur du son n’est plus taboue et ressemble moins à un acte de trahison qu’à une opportunité de pouvoir se concentrer sur la musique et l’écriture. On ne leur fera pas l’affront de qualifier With Light and with Loved’ « album de la maturité » car, contrairement aux apparences, les Woods ont toujours su où ils allaient. Mais force est de constater que la clarté des arrangements de leur huitième album révèle au grand jour le caractère profondément pop de leurs compositions.

Beatles Mania
La triplette centrale Moving to the Left/ New Light/ Leaves Like Glass approche le génie des Beatles période Magical Mystery Tourtandis que la chanson-titre décline sur neuf minutes tout ce qui fait l’essence de Woods, avec un changement de décor aussi beau qu’imprévisible à l’issue du premier mouvement. Dans la longue et sinueuse histoire de la musique indépendante new-yorkaise, Woods tient aujourd’hui une place singulière. D’un côté chefs de file d’une famille musicale avec leur label Woodsist qui abrite entre autres les travaux de leurs cousins éloignés Real Estate et de leur bassiste évadé Kevin Morby, ils sont aussi des outsiders ne se retrouvant pas forcément dans le rajeunissement de la scène de Williamsburg. C’est l’ironie de l’histoire: dix ans de carrière, les Woods sont enfin cools et déjà d’autres arrivent, plus jeunes et plus cools qu’eux. On prend le pari que la postérité ne se laissera pas duper.

Woods +Hummingbird.

Jeudi 9 juillet à partir de 19h.

Le Transbordeur (dans le cadre des Summer Sessions).

Gratuit sur réservation, 7€ sur place.

www.transbordeur.fr

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