Expo. Yoko Ono, c’est vraiment pour les nuls

Elle est gentille YOKO ONO. Elle est pour la paix dans le monde, le ciel, le soleil et l’amour. Elle est maline aussi. « Femme de » qui n’a jamais su faire quoi que ce soit de ses dix doigts, elle a décidé d’exposer des objets (d’un escabeau à une boîte de corn flakes) en disant que ce sont des « instructions ». Ou comment faire œuvre avec son seul désir de faire œuvre. Une œuvre pour nous « inciter » à planter un clou le matin (sic), ou recoller de la vaisselle brisée (les samedis de 14h à 16h, re-sic), en pensant aux « traumatismes du monde »… C’est beau, la conscience d’artiste. Quand elle « peint », c’est avec des restes de repas jetés sur la toile. Quand elle « écrit », elle découpe chaque page et l’expose pour faire une série de « peintures ». Ça doit être le recyclage cher au développement durable. Le trip narcissique a ses limites, surtout quand la quasi-totalité des œuvres datent de plus de 50 ans avec une paresse qui est une insulte faite au minimalisme. Le pompon est atteint avec une œuvre intitulée Space Transformer : une succession de carrés blancs sur des dizaines de mètres et deux pans de murs. Le cartel du musée nous indique : « Cette œuvre nous invite à imaginer l’espace qui nous entoure comme entièrement transformable par notre esprit. Son pouvoir réside dans la suggestion et dans les infinies possibilités qui s’offrent à nous. » Qu’on rassure le ou la vénérable commissaire du musée qui a commis une insanité pareille : nous aussi on a des murs blanc à la maison sur les- quels on projette notre esprit, et nous aussi on rêve la nuit ! Mais on ne s’appelle pas Yoko Ono.

 

Chiottes et vaisselle cassée
C’est tout le problème de cette rétrospective people qui se planque sous des concepts périmés d’art contemporain du siècle dernier : elle n’existe que par une conception bourgeoise de l’art, affichant un « grand nom » pour faire événement médiatique  ce qui ne manque jamais mais ne se souciant pas le moins du monde de son rapport à l’art ou au public. Seuls les enfants devraient trouver à s’amuser dans les entrelacs ludiques, d’une back room entièrement noire qui invitent les spectateurs « à se toucher » (re-re-sic !) aux recoins dans les murs. Pour le reste, il faut se farcir les cartels du musée enfonçant des portes grandes ouvertes sur le néant, pour nous expliquer qu’un labyrinthe de plexigas autour d’un chiotte à moitié visible est une réflexion sur la « perte d’intimité ». On se dit qu’il y a effectivement des portes de toilettes qui ont dû rester entrouvertes dans les bureaux du Mac de Lyon… Après avoir parcouru les trois longs étages de cette exposition Peace and love vide de sens, on se dit surtout : quelle perte d’espace ! Quand on pense à tous les migrants qu’on pourrait loger là-dedans, cette chère Yoko Ono qui aime tant la « paix » et le « partage », aurait peut-être mieux fait en guise « d’instruction » d’en accueillir. Pas de doute qu’ils auraient su quoi faire de la vaisselle cassée. Ce serait une belle œuvre, mais pas d’art. Tout le contraire de cette vraie-fausse rétrospective.

 

 

Yoko Ono,
« Lumière de l’aube »

Jusqu’au 10 juillet au Musée d’art contemporain, Cité internationale, Lyon 6e.
Du mercredi au vendredi de 11h à 18h, sam. et dim. de 10h à 19h.

De 6 à 9€. mac-lyon.com

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