Autoportraits : Le moi et le je

Le Musée des Beaux-Arts s’associe avec deux autres musées européens pour proposer une superbe exposition sur la représentation de l’artiste par lui-même. À compléter d’urgence par l’autre exposition de la galerie Descours donnant à redécouvrir nombre de peintres injustement méconnus. Pour une fois qu’on a une bonne raison d’être égocentrique.

 
Peu de Rembrandt, mais beaucoup de selfies, c’est ce que vous pourrez voir dans la nouvelle exposition du Musée des Beaux-Arts au titre un peu fourbe, Autoportraits de Rembrandt au selfie. Peu importe l’argument marketing, l’exposition vaut le détour, astucieuse dans sa façon de dépenser moins (regrouper des collections de trois musées, la Staatliche Kunsthalle Karlsruhe allemande et la National Gallery d’Édimbourg), pour découvrir plus. Car elle ne se limite précisément pas à l’autoportrait stricto sensu, mais à la représentation de l’artiste en général, qu’elle soit en atelier, cachée dans les paysages, ou au milieu du contexte familial. De ce point de vue-là, La Leçon de peinture de Matisse venue d’Édimbourg en est la clef de voûte, tableau réunissant tous les genres de la peinture en une seule œuvre : le portrait d’une jeune fille lisant, le paysage reflété dans le miroir à côté d’elle, et l’artiste de dos, caché en retrait dans un premier plan en trompe-l’œil. Une merveille. Autre perle, un autoportrait de dos malicieux et coloré de Max Schoendorff, peintre lyonnais à l’imagination toujours renouvelée. L’autoportrait en duo des Amants de Gustave Courbet rappelle la qualité des collections de Lyon, à côté de véritables trésors comme les dessins de Munch ou les (re) découvertes de la peinture moderne des années vingt, de Kirchner à Foujita. Une belle façon en somme de revisiter l’histoire de l’art de façon oblique hors des chefs-d’œuvre attendus, pour ouvrir l’œil dans lequel on aime se voir soi-même.

 
On se voit se voir

Pour l’exercice de l’intimité et du genre stricto sensu de l’autoportrait, ne rater pas le passage par la galerie Michel Descours, gratuite et pourtant jamais aride en découvertes, pour une exposition qui n’a de bis que le nombre, intitulée de façon autrement pertinente, Le Moi en face. Ici, c’est un autoportrait de Luca Giordano du XVIIe siècle, imposant de revendication intellectuelle avec ces bésicles ostensibles, et désarmantes de dépouillement intime, les contours de la lumière blafarde ne dissimulant plus rien de la gravité de la vieillesse. De la peinture classique aux séries photographiques de Marcel Bascoulard, artiste, dessinateur-clochard qui s’est photographié travesti en femme avec un regard frontal qui ne laisse pas de véhiculer le plus grand trouble identitaire, démarche et destin hors-norme qui le verra mourir assassiné en 1978. La traversée du genre autobiographique est aussi une traversée des genres, jusqu’aux vertiges iconiques de Pierre Molinier. Mais on redécouvre aussi dans la première salle une foule de peintres lyonnais oubliés, dont un autre autoportrait à lunettes de Claude Dalbarne (1905), ancien élève des Beaux- Arts de Lyon. Les deux œuvres de Flandrin – se peignant de trois quarts pour cacher son strabisme — sont encore plus belles que ceux du musée des Beaux- arts. L’Autoportrait en Saint Jean-Baptiste de Bonnefond, autre peintre lyonnais du XIXe, offre un singulier contraste entre le corps gracile d’un peintre d’à peine quinze ans et la maturité de la peinture, dont on jurerait les traits et le clair-obscur composés par un aîné d’au moins 25 ans de plus. Un délice à comparer à son double présente dans l’exposition du Palais Saint-Pierre, pour avoir définitivement le tournis du même au même.

 

 

 

AGENDA

Autoportraits de Rembrandt au selfie

Jusqu’au 26 juin
Musée des Beaux-arts de Lyon, palais Saint-Pierre, Lyon 1er.
De 6 à 9€.
mba-lyon.fr

 

 

Le Moi en face, autoportraits de Giordano à Molinier

À la galerie Michel Descours, 44 rue Auguste-Comte, Lyon 2e.
Jusqu’au 25 juin.
Entrée libre.
peintures-descours.fr

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