Haendel aux festivals d’Aix et du Mont-Blanc

Pas de saison lyrique réussie sans Haendel. Les festivals se surpassent en originalité cet été avec deux œuvres italiennes atypiques : Il Trionfo del tempo et le Dixit Dominus, porté par l’ensemble lyonnais du Concert de l’Hostel-Dieu.

 

Le festival d’aix selon son directeur Bernard Focroull a toujours été le territoire d’expérimentations théâtrales. La plus belle audace sur le papier cette saison est d’avoir confié un Haendel inclassable, Il Trionfo del tempo–ni opéra, ni oratorio–à l’enfant terrible de la scène polonaise, Warlikowski. Difficile de savoir ce que le metteur en scène imaginera à partir de ce dialogue abstrait entre la beauté et la désillusion, même si la présence intruse de Christine Angot au générique nous fait craindre une énième déclaration contemporaine à la face du monde. Voir. Mais une une chose est sûre : Il Trionfo est la première œuvre lyrique de Haendel en Italie, à laquelle il tenait tellement, qu’il la reprendra à la toute fin de sa vie en Angleterre. Le jeune « Caro Sassone », Saxon débarquant à Rome en 1707, n’a alors que 22 ans lorsqu’il compose cette œuvre ambitieuse. L’opéra y est alors interdit, le livret est écrit par le cardinal Pamphili dans le palais duquel eut lieu la première, dirigée par un certain Corelli. Haendel lui dédiera d’ailleurs plusieurs airs, dont le dernier avec violon obligé. Cet opéra déguisé, mais à l’enjeu plus philosophique que dramatique est une allégorie de la vérité et du temps tentés par la beauté et les plaisirs. Pour Haendel, c’est surtout l’occasion dans cette œuvre alternant presque systématiquement aria et récitatif, de fixer tous les styles d’air qui feront sa réputation par la suite : l’air de bravoure, de joie, de guerre ou la plainte. C’est surtout l’une de ses œuvres qui développent le plus l’aria concerto grosso, laissant une large place à l’instrumentation en deçà des quatre solistes. C’est enfin l’œuvre qui fit du « Lascia la spina », déjà esquissée dans son opéra allemand, Almira, le tube absolu qu’il est devenu par la suite. Irrésistible.
Galvaniser la musique religieuse
La même année, le Carro Sassone toujours à Rome révolutionnait la musique religieuse. Organisé comme un grand concerto à 5 voix, le Dixit Dominus déploie déjà l’énergie et le sens du théâtre qui sera la marque de fabrique de Haendel plus tard à l’opéra. Ici, la virtuosité polyphonique est à son comble, exigeant une agilité et une précision phénoménales ne laissant aucun répit aux voix, galvanisant l’écriture chorale traditionnelle. Haendel pulvérise la rigueur janséniste habituelle en dessinant des volutes infinies sur des fugues dignes d’un pédalier d’orgue. L’occasion rêvée de vérifier ce que le seul orchestre baroque à plein temps de Lyon, le Concert de l’Hostel-Dieu, a vraiment dans le ventre.
Il Trionfo del tempo e del dinsiganno, de Haendel

Direction musicale : Emmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Du 1er au 14 juillet au festival d’Aix-en-Provence. Théâtre de l’Archevêché. De 30 à 270€. festival-aix.com

 

Dixit Dominus, de Haendel (+ œuvre de Purcell)

Dimanche 19 juillet à 21 h au festival du Mont-Blanc. Église Saint-Jacques de Sallanches. Direction Franck Emmanuel Comte. De 16 à 25€. festivalmontblanc.fr

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