“Éclat final” des Nuits de Four­vière, carte blanche au CMTRA

Cette année pour le tradi­tion­nel « éclat final », les Nuits de Four­vière ont laissé carte blanche au CMTRA, le Centre des musiques tradi­tion­nelles Rhône-Alpes, pour ses 25 ans. L’oc­ca­sion de rencon­trer sa program­ma­trice, Yaël Epstein, en plein doute quant aux subven­tions.

 
On vous demande souvent de réali­ser la program­ma­tion musi­cale d’une soirée ?
YAËL EPSTEIN : « Là, c’est nous qui sommes allés propo­ser. On est allé frap­per à la porte des Nuits de Four­vière, parce que ce sont nos 25 ans, mais c’est aussi les 20 ans des Jeudis des musiques du monde, notre festi­val. Et il se trouve qu’a­vec les Nuits de Four­vière, on est les deux gros festi­vals avec une très grande entrée musiques du monde pendant l’étéàLyon. On est chacun sur une colline et ça fait long­temps qu’on se disait “un jour, il faudra qu’on aille voir les Nuits de Four­vière pour faire quelque chose avec eux.”

 
Il y aura du Maloya, de l’ac­cor­déon… Vos artistes, vous allez les cher­cher loin ?
Puisqu’il faut remplir le Grand théâtre, une program­ma­tion exclu­si­ve­ment régio­nale n’au­rait pas suffi. L’idée, c’est qu’il y ait à la fois des artistes inter­na­tio­naux et à la fois des artistes régio­naux.

 

 

Vous ne faites pas que de la program­ma­tion. Vous avez beau­coup d’autres acti­vi­tés au CMTRA ?
On fait de la recherche en ethno­mu­si­co­lo­gie, du collec­tage musi­cal en milieu urbain et rural, de l’ani­ma­tion de réseaux au niveau régio­nal dans le domaine du spec­tacle vivant et des pratiques amateurs, de la trans­mis­sion des archives sono­res… Quand on étudie un terri­toire, que ce soit une ville, un quar­tier ou à la campagne, on enre­gistre des récits de vie et des témoi­gnages musi­caux auprès de popu­la­tions issues de l’im­mi­gra­tion ou bien des chants en occi­tan en Drôme et en Ardèche par exemple.

 
D’autres struc­tures comme Arty Farty préfèrent le terme “sono mondiale” à celui de “musiques du monde”. Marke­ting ou bien nouveau courant ?
Il faut qu’on réus­sisse à disso­cier les appel­la­tions et la réalité. Cette dernière est beau­coup plus mouvante que les mots. Les esthé­tiques musi­cales évoluent, la créa­tion aussi et c’est tant mieux. Le terme de “musiques du monde” recouvre des choses très diffé­rentes. Ça peut aller de créa­tions complè­te­ment mélan­gées avec beau­coup d’élec­tro jusqu’à des choses ultra tradi­tion­nelles. Il y a aussi des musiques clas­siques d’Inde ou de Chine qu’on met dans le même panier. Et il y a les musiques popu­laires aussi. Nous, en tout cas à travers notre festi­val, on est plus sur cette branche-là. La sono mondiale, c’est ce qui est au plus près des musiques actuelles : très sono­ri­sées, ampli­fiées, distor­dues, trans­for­mées, mixées… Donc on en fait un peu, mais on reste quand même spécia­li­sés dans des musiques dites “popu­laires”.

 
Vos travaux de recherche nour­rissent-ils votre acti­vité de program­ma­tion ?
On a rencon­tré Sahra Halgan Trio lors d’une collecte à Guillo­tière. Elle avait très envie de chan­ter sur scène, donc on l’a mise en contact avec des musi­ciens profes­sion­nels et petit à petit, elle a commen­cé une carrière. C’est la parti­cu­la­rité de notre travail. On va sur le terrain, on rencontre des struc­tures, les habi­tants, des asso­cia­tions commu­nau­tai­res… On ne le fait cepen­dant pas pour program­mer, mais dans une optique de recherche.

 
Est-ce que vous dispo­sez de tous les moyens qu’il vous faut ?
Non. On est éco­no­mique­ment fragiles. On est une asso­cia­tion qui dépend des finan­ce­ments publics, qui sont en baisse. La Région, la DRAC, le minis­tère (de la Culture, NDLR), les villes, on a plein de subven­tions diffé­rentes, mais comme elles sont attri­buées au projet, on reste sur un budget instable.

 
Et avec le grand méchant Wauquiez à la Région, c’est l’an­goisse ?
Oui, c’est l’an­goisse. Une partie du budget n’est pas encore tombé, mais on sait que ça pour­rait bouger l’an­née prochaine, donc on a un peu peur. Si on a une certaine quan­tité de coupes de subven­tion, on devrait faire l’im­passe sur certaines acti­vi­tés. On est en plein débat, mais c’est un choix déchi­rant, car nos acti­vi­tés sont complé­men­taires. Il n’y a personne qui fait le même travail que nous en région et il y a beau­coup à faire. Il y a un objec­tif très poli­tique dans notre action. On est en train de deman­der un label d’eth­no­pôle au minis­tère de la Culture, ce qui offi­cia­li­se­rait notre double acti­vité, un pied dans la recherche et un autre dans la culture. »

 

 
« Éclat final » des Nuits de Four­vière, carte blanche au CMTRA

Samedi 30 juillet, 20 h. 15 €.
Au Grand théâtre de Four­vière, Lyon 5e.

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