L’économie du couple de Joachim Lafosse

Le réalisateur belge Joachim Lafosse revient avec un film plus conventionnel sur un couple en pleine séparation, non dénué d’intelligence et d’intensité pour autant, notamment grâce à son interprète principal, Cédric Kahn.

 

Joachim Lafosse est un tordu, ou plutôt était un tordu. Après avoir mis en scène la manipulation sociale jusqu’à l’abus sexuel dans Élève libre, puis un infanticide dans À perdre la raison, il revient au huis clos familial de Nue propriété avec cette Économie du couple, ou comment raconter la guerre des classes dans l’implosion d’un couple. Elle vaut d’abord par son acteur-réalisateur, Cédric Kahn qui a souvent traité lui-même des problèmes de couple dans ses films (L’Ennui, Les Regrets). On ne le voit pas si souvent passer de l’autre côté de la caméra, mais quand il se décide à accepter un rôle, il impressionne par sa présence à l’écran. Dans Un Homme à la hauteur, il jouait un ex-mari jaloux parfait dans un film raté. Ici, en alter ego du réalisateur, il tire le meilleur de ce personnage qui, prince charmant d’un jour, s’est progressivement transformé en cabot esseulé.

Elle et lui Marie et Boris ont été fous l’un de l’autre, mais l’amour est une réaction chimique qui frappe fort et dont les effets s’estompent irrémédiablement avec le temps. Piégés dans le foyer qu’ils ont construit ensemble, ils doivent se partager le gâteau, mais comme c’est elle qui a acheté la maison et lui qui l’a retapée, ils ne tombent pas d’accord sur les termes du contrat. On pourrait croire à une allégorie de la lutte des classes, la bourgeoise contre le prolétaire toujours prompte à dégainer son Capital. Il y a pourtant plus que ça dans ce film : on sent que les incessants pourparlers du couple concernent moins le jugement du divorce que celui de leur relation passée et Boris en est conscient : « Tu m’empêches de travailler parce que tu ne veux pas que je m’en aille ! » Le film est un quasi-huis clos et les décors conçus comme des publicités Habitat mettent parfaitement en valeur l’apparent confort d’une relation qui attire irrésistiblement, mais se révèle insupportable en réalité. Cette violence qui n’en a pas l’air est représentée en creux par une utilisation judicieuse de l’action hors champ, comme toujours dans l’art manipulatoire du réalisateur. Joachim Lafosse ne montre pas tout, mais cela évite la fausse pudeur, et le débat qui ponctue cette lutte acharnée pour la justice sociale et surtout sentimentale n’en finit pas moins clos. S’il n’atteint pas l’intensité des précédents films de Lafosse, c’est peut-être par le jeu plus convenu de son actrice principale, dont on n’a jamais compris comment elle avait obtenu un prix d’interprétation au Festival de Cannes. Mystères des jurys…

 

L’économie du couple de Joachim Lafosse (Fr, 1 h 40), avec Cédric Kahn, Bérénice Bejo, Marthe Keller, Catherine Salée… Sortie le mercredi 10 août.

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