Toni Erdmann : au poil !

On connaissait l’humour pince sans rire à l’anglaise. Voici l’humour pince sans rire à l’allemande. Ou comment faire naître dès la première scène des accès surréalistes au milieu d’un réalisme apparent, caméra à l’épaule. Un père s’invente un personnage postiche, Toni Erdman, pour mieux reconquérir la cœur de sa fille, aliénée dans sa vie professionnelle de wonder woman, exilée à Bucarest. « Blagueur », utilisant perruques et stratagèmes non pas pour ne pas être vu mais au contraire pour être enfin remarqué par sa fille, il s’immisce peu à peu dans sa vie, à l’improviste. La première qualité de ce Toni Erdman, à l’instar de son personnage principal, c’est d’être à la fois sociable et totalement imprévisible. De l’utilisation sexuelle du petit four à une soirée de team building à poil,Toni Erdmann dynamite de l’intérieur les relations professionnelles, familiales et sexuelles, et c’est hautement réjouissant. Jusqu’à provoquer de véritables éclats de rires incontrôlés en salle devant l’incongruité des certaines situations qu’il propose, même si le film ne tient pas uniquement de la comédie, la Plain Song de The Cure au générique de fin étant là pour nous le rappeler. Le couplet politique et écolo n’est qu’une fausse piste un peu inutile : ce drôle de film d’auteur est avant tout la parodie familiale d’un père qui ne parvient à approcher sa fille que masqué. A ce jeu-là, les deux comédiens, Peter Simonischeck et Sandra Hüller sont tous les deux épatants dans cet exercice périlleux de faire exister ces personnages toujours un peu à côté de leurs pompes.

 

Toni Erdmann (All-Aut, 2h42) avec Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Wittenborn, Lucy Russell, Trystan Pütter…

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