Moka : Emmanuelle Devos au sommet

Il y a peu de thrillers qui commencent avec une telle douceur et un tel sens de l’ellipse. Un plan sur les beaux yeux d’Emmanuelle Devos se cognant contre une vitre d’hôpital et un plan bouleversant sur son fantôme de fils, et on aura compris tout le chagrin de cette mère dont l’enfant a été fauché par une voiture. La vengeance, froide et impassible comme le lac Léman, peut alors commencer, à la recherche du conducteur de cette voiture « marron ». Ou plutôt sa conductrice. Admirablement adapté du roman d’une écrivain pas très admirable (Tatiana de Rosnay), Moka installe d’entrée de jeu un climat, torpide, les yeux bleux et la voix d’enfant d’Emmanuelle Devos – exceptionnelle – faisant écran comme jamais au chagrin qui la tue. Soignant ses décors lacustres et ménageant ce qu’il faut de suspense jusqu’à la fin, Moka est avant tout un thriller attentiste, portrait d’une femme en déambulation pour trouver enfin une issue insoupçonnée à son deuil. De ce point de vue-là, il est assez proche d’Après lui de Gaël Morel, dans lequel Catherine Deneuve perdait elle aussi son fils dans un accident de la route avant de désespérer sa famille par l’étrangeté de son attitude. A ce jeu, Emmanuelle Devos fait elle aussi partie des grandes, transformant la moindre scène d’attente ou de filature en épreuve du doute, passant successivement d’un regard de rapace à une première tentative pour renaître à la vie. De Nathalie Baye en parfumeuse à Evian « moins gentille qu’il n’y paraît  » à Olivier Chantreau, parfait en jeune voyou amoureux, Moka nous conduit droit vers son final plutôt inattendu. Après Complices, sur la prostitution adolescente à l’heure d’internet, déjà avec Emmanuelle Devos, le genevois Frédéric Mermoud est décidément un cinéaste à suivre.

 

Moka de Frédéric Mermoud (Sui-Fr, 1h29) avec Emmanuelle Devos, Nathalie Baye, Olivier Chantreau, David Clavel, Diane Rouxel, Samuel Labarthe…

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