Cinéma en plein air : Fargo des frères Coen

Le grand classique des frères Coen sera projeté gratuitement pour vous rafraîchir de l’été et vous glacer le sang de nos maux contemporains. Critique.

 

Dans cette tragi-comédie un classique contemporain, les frères Coen nous font beaucoup rire sur notre pathétique condition humaine, tout en nous proposant une vision très personnelle de l’enfer sur Terre. Tout est joué dès le premier plan du film : une masse blanchâtre laisse peu à peu deviner un paysage glacial, terres enneigées et ciel blanc se confondant dans une vision à la fois morne et spectaculaire. Une musique funèbre s’élève, tandis qu’une grosse berline perce de ses phares le voile sépulcral. Elle file vers le lointain, avant que le plan ne se referme sur elle, ne l’engloutisse. Cette image d’un véhicule qui se perd littéralement vers un horizon bouché forme un leitmotiv qui ponctuera l’ensemble du film, rappelant sans cesse combien toute cette agitation humaine s’avérera in fine sans issue. Dans Fargo, l’automobile, emblème des choix de civilisation de la société américaine en termes économiques, urbanistiques, voire idéologiques, devient le symbole des déviances et de la vanité de cette même société. L’Amérique qui échoue, celle des losers et des simples d’esprit, s’incarne dans ces véhicules poussifs et bruyants, incapables d’offrir une réelle protection face à une nature que l’on croyait naïvement avoir domestiquée. Jerry Lundegaard, mauvais vendeur de voitures d’occasion, s’acharne jusqu’à la crise de nerfs sur la gangue de givre qui recouvre son pare-brise. Plus tard, on retrouvera une berline renversée sur le toit et comme encastrée dans un champ de glace…

Fardeau La neige recouvre et abolit les repaires de la civilisation. Parkings et terres cultivées deviennent des espaces abstraits, terrains de jeu macabres dans les- quels les crimes seront inscrits, signés, implacablement mis à nu. Le beau-père de Jerry Lundegaard est abattu dans un espace géométrique à la blancheur uniforme, à la façon d’un pion sur un jeu d’échecs. Le cadavre d’un policier est retrouvé congelé au bord de la route et semble figé là pour toujours. L’un des kidnappeurs tente de se sauver au beau milieu d’un no man’s land sans limites apparentes, avant d’être stoppé d’une balle par Marge Gunderson. Le paroxysme est atteint avec cette vision grotesque de Steve Buscemi passé au broyeur, tandis que des litres de sang viennent définitivement souiller le sol immaculé. L’arrestation de Grimsrud, embarqué dans une voiture qui roule paisiblement vers l’horizon, répond à la scène d’ouverture. La boucle est bouclée, le film s’est ouvert et se clôt sur l’opacité et l’enfermement, dans le cadre paradoxal de grandes étendues glacées, laissant un sentiment d’inhumanité que l’épilogue serein du couple Gunderson viendra à peine apaiser. Une nature apparemment indifférente, silencieuse et sereine, a mis en scène le théâtre de la tragédie et de la médiocrité. Fargo, Dakota du Nord, trou perdu et ville de passage s’avère un cul-de-sac, un lieu de damnation d’où l’on ne revient pas indemne et où les ambitions se brisent. Le cauchemar sourd et ouaté d’une certaine Amérique.

 

Fargo de Joel et Ethan Coen, (1996, 1 h 38) avec Steve Buscemi, William H. Macy, Frances McDormand… Mardi 23 août à 21h30. Projection en plein air et gratuite, place Ambroise-Courtois, Lyon 8e, dans le cadre de l’Eté en Cinémascope.

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