Divines : du clito en or massif

« T’as du clito !  », c’est la formule tirée de son film qu’a utilisée Houda Benyamina en recevant la Caméra d’Or pour « Divines », en salles cette semaine, se flattant de la recevoir des mains « d’une femme  », Catherine Corsini. On aurait presque pu s’en réjouir, si seulement on n’avait pas vu le film… Déjà parce que « T’as du clito  », c’est ce que dit la dealeuse dans le film pour mieux manipuler l’héroïne principale, avant de la traiter comme son larbin. Il y a mieux comme émancipation des femmes – puisque c’est son ambition – que d’être esclave du fric et de la violence. De son énergie débordante, Houda Benyamina affirme vouloir filmer la « réalité » de ce qui se passe en « banlieue » et non pas son « fantasme ». L’enfer est pavé de bonnes intentions : à la vision du film, malheureusement, surgit comme un hic. Faire pleuvoir une pluie de billets au ralenti sur le sourire ensanglantée de son héroïne qui vient de faire tabasser par un client dans une tentative de viol, c’est une sale idée de metteure en scène, pas un docu sur le manque d’argent dans les quartiers pauvres. D’autant que la jeune réalisatrice passe son temps à filmer le pognon, la violence, les belles robes et belles voitures comme un Eldorado, mais jamais le sexe ou l’amour du danseur sur lequel, justement « fantasme » son héroïne. Elle choisit bien ses « réalités ».  Mais le pire est atteint dans la scène finale, la plus infecte qu’on ait vue au cinéma depuis longtemps (attention spoil) : la meilleure copine black brûle dans un incendie qui vient cramer les dealers, parce qu’elle est trop grosse pour passer le soupirail par où les autres sont sortis. Là, on n’est pas dans la « réalité » d’un fait divers, mais bien dans l’idée infecte d’une scénariste pour faire du chantage à l’émotion avec option racisme. Il y aurait la même scène dans n’importe quel film hollywoodien, pas sûr que France Inter aurait voulu en être partenaire… Alors quand en prime Houda Benyamina clame « Cannes nous appartient  » lors de son discours, et que son film s’ouvre comme par hasard avec la même musique que dans Dheepan de Jacques Audiard, Palme d’Or 2015, on se dit que Divines est juste le film d’une arriviste bien arrivée. Pour le moment.

 

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