Frantz : Le Ruban rose

Ozon ose le noir et blanc, la moustache et le costume d’époque, pour ce remake “librement adapté” du film de Lubitsch, L’Homme que j’ai tué. Un français vient en Allemagne dans l’immédiate après-guerre 14–18 pour rencontrer la famille d’un soldat défunt, dont le seul prénom suffit à lui provoquer une crise de larmes (Pierre Niney, qui déclenche davantage chez nous une crise de rire). On se demanderait presque s’il a bien fait la guerre pour rester bloqué sur un seul mort comme ça. On aurait pu croire qu’Ozon voulait faire son Ruban blanc, il n’en est rien. D’abord parce que le film alterne assez affreusement noir et blanc et couleurs, y compris dans la même scène. Attention les yeux : au simili simili noir et blanc baveux numérique, s’ajoute le mélo chromo, comme si Ozon se contentait de mettre des filtres, avouant lui même avoir tourné en noir et blanc pour des raisons “économiques” et non pas esthétiques. On se demande d’autant plus pourquoi il s’est embourbé à reconstituer la guerre qu’elle n’est ici jamais vraiment traitée. C’est tout juste si on aperçoit ses dégâts en transparence à travers la vitre du train que prend la belle Paula Beer pour venir en France (la véritable héroïne du film en Romy Schneider junior, on n’en dira pas plus…). Car dans une sorte de mélo-bilboquet, Ozon décalque chaque scène par une autre qui lui est symétrique, avec dialogues explicatifs en bonus (“Ah bon mais vous m’avez menti ?”).

 

Le double raté de Sous le sable

 

Le vernis culturel (un peu de Verlaine par-ci, un peu de Manet par-là) a fait long feu, et le fameux  “mensonge”, tarte à la crème du cinéma d’Ozon, n’est là que pour cacher l’absence totale d’émotion dans des situations factices où tout sonne creux. Le sujet central de Frantz, c’est évidemment la mort, le fantôme et l’amour de substitution qui en découle, Frantz se posant de ce point de vue comme un double raté de Sous le sable, son plus beau film. Car en bon feignant, Ozon s’est contenté ici de pomper suffisamment l’idée originale du beau film de Lubitsch pour avoir matière à intriguer, puis d’y plaquer une ou deux de ses petites obsessions pour faire mine d’en tirer un film personnel. Hagard, incapable de trouver sa place en costume comme de poser sa voix, derrière sa moustache postiche pour faire illusion, Pierre Niney n’arrive malheureusement jamais à trouver la vérité de son personnage. Pas plus que le film.

 

Frantz de François Ozon (Fr, 1h53) avec Paula Beer, Pierre Niney, Cyrielle Clair, Ernst Stötzner, Marie Gruber, Alice de Lencquesaing…

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