Le dernier des Castors

Il n’en tire modestement « aucune gloire  ». Monsieur Ducloux est le dernier représentant des « Castors », ces ouvriers de Villeurbanne qui ont auto-construit leurs maisons dans les années 50. Un mouvement de solidarité et d’émancipation des classes dites populaires comme on n’en voit plus beaucoup aujourd’hui. Tout a commencé dans les années 20 avec l’installation d’usines par la famille Gillet, constituant une réserve de main d’œuvre. La crise des années 30 puis la guerre sont passées par là, sabrant la population ouvrière. Dans les années 50, l’usine Tase toujours active juste à côté permettra aux ouvriers de construire eux-mêmes leurs logements. En tout, ce sont 66 maisons et 75 hectares qui seront réalisés, en échange d’un apport de travail pour chaque ouvrier évalué à 1000 heures. Les maisons à l’origine faisaient entre 56 et 86 m2 selon la situation familiale, avec 1000 m2 de terrain. Une jolie façon de permettre au monde du «  travail » de rivaliser avec la propriété habituellement dévolue au seul « capital ».

 

Marx, et ça repart

 

Le plus beau dans cette aventure c’est que les ouvriers se sont toujours entraidés par la suite pour agrandir leur chez eux. « C’était une cordialité totale entre tous », explique Monsieur Ducloux. Au début des années 2000, il existait encore 500 chantiers liés au mouvement des Castors. Vous pourrez visiter une exposition retraçant cette formidable épopée pour les journées du patrimoine, dédiées justement à la citoyenneté. Le dernier des Castors, Monsieur Ducloux, 92 ans, en parle avec émotion : « Je ne voyais que ça pour arriver à quelque chose dans ma vie : la pelle, la pioche et mes coudes. J’étais d’autant plus heureux d’avoir une maison que c’est moi qui l’ai piochée, à part les murs. Maintenant j’ai quelque chose que je peux transmettre.  »

L.H.

 

Exposition sur le mouvement des Castors samedi de 14h à 18h, autour du square Pierre-Brossolette à Vaulx-en-Velin.

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