Victoria : Identification d’une femme

Victoria tente un drôle de mélange assez inédit dans le cinéma d’auteur français. Il rappelle à la fois le récent Toni Erdmann pour son portrait de femme d’une working girl avocate, déprimée, aliénée par son travail, n’existant que par la maîtrise et le “plaisir” professionnel. Et d’autre part 20 ans d’écart, la belle comédie romantique qui avait révélé Virginie Efira, et accessoirement Pierre Niney. A priori, rien de nouveau sous le soleil de la comédie psychanalytique à la française au milieu de dialogues réalistes sur des relations sentimentales en décomposition. Mais comme Toni Erdmann, dans une moindre mesure, Victoria réussit à surprendre par ses ruptures de ton et ses situations rocambolesques, comme le témoignage du chien (puis du chimpanzé !) au procès, pour aider un Melvil Poupaud resté bloqué le nez dans la coke.

 

Vous avez dit “comédie d’auteur” ?

 

La réalisation est soignée, avec de jolies inspirations visuelles en Scope, mais c’est surtout le casting qui fait mouche : Vincent Lacoste est exceptionnel en homme de maison bon à tout faire jouant les Rantanplan parce qu’il n’ose pas avouer ses sentiments. Virginie Efira a le même aplomb que les grandes actrices américaines et Laurent Poitrenaux est irrésistible en écrivain loser utilisant ses proches pour fomenter une autofiction (on pense en se marrant doucement aux arguties juridiques d’une Christine Angot…). Dans le genre de la comédie d’auteur désormais très en vogue depuis Ma Loute, La Loi de la jungle ou même Elle de Verhoeven, voilà donc plutôt une bonne surprise, d’autant que la qualité de la B.O., de Metronomy à Harry Nilsson, ne gâche rien. Un joli renouveau hexagonal au féminin depuis Tirez la langue, mademoiselle, d’Axelle Ropert, dont cette Victoria semble la cousine de comédie.

 

Victoria de Justine Triet. Date de sortie : 14 septembre 2016

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