Jan Fabre, héraut de la performance

Pour la deuxième fois, l’artiste belge Jan Fabre investit le MAC de Lyon et y retrace la folle épopée de ses nombreuses performances, de 1976 à 2013. Un maître.

 

 
Chorégraphe, plasticien, performeur, metteur en scène, Jan Fabre (né à Anvers en 1958) multiplie les champs d’expression artistique mais ne les mélange pas et ne cède pas à la mode de la transdisciplinarité. En revanche, chaque médium est pour lui l’occasion de pousser les règles de la représentation et de la création à leurs ultimes limites, de briser des frontières et d’ouvrir à de nouveaux possibles, à de nouvelles formes de vie. Il a pu par exemple sculpter des vanités avec des coléoptères, recouvrir un château de dessins au Bic bleu, écrire avec son sang lors d’une fameuse performance à Lyon en 2001, recouvrir les colonnes d’un palais de justice avec des tranches de jambon fumé… Le vivant et le mort, l’organique et l’inorganique, l’animal et l’humain, la beauté et l’horreur s’allient chez l’artiste pour se transcender-transformer dans un au-delà des identités, des modes de penser et d’agir habituels. Sans jamais, pour autant, sombrer dans l’ironie destructrice ou le cynisme de notre époque : « Le cynisme m’est étranger, déclare-t-il. Parce que le cynisme est toujours adultère. Il a des liaisons, mais jamais avec la beauté. » La provocation et la transgression sont, chez Jan Fabre, des catalyseurs, des forces de propulsion et d’invention. Certains spectateurs du Festival d’Avignon s’en souviennent sans doute encore, quand Jan Fabre créa par exemple Je suis sang, conte de fées médiéval en 2001, ou y fut artiste associé en 2005, avec une programmation très controversée et centrée sur le corps humain.

 

 
Vulnérabilité

Après une exposition de ses œuvres vidéo en 2004, le Musée d’art contemporain de Lyon décide de revenir sur l’œuvre de l’artiste sous l’angle de la performance. Per-for-mer, aller au-delà de la forme jusqu’à la perforer, telle est en effet l’une des dimensions essentielles du travail de l’artiste. Dès la fin des années 1970, alors qu’il vient tout juste d’être diplômé de l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers, Jan Fabre s’adonne à d’étonnantes performances : il s’enferme dans une pièce pour la dessiner entièrement au stylo Bic, passe sept heures derrière la vitrine d’un commerce pour repeindre des escargots aux couleurs du drapeau belge, demande à des passants un billet de banque pour le brûler et tracer un dessin avec ses cendres… À travers huit cents objets (maquettes, dessins, vidéos, photographies…), Jan Fabre retracera au MAC des dizaines d’actions et de performances réalisées entre 1976 et 2013. Soit autant « d’expositions de l’instant » où, avec son corps et ses fluides (sang, sperme, urine…), l’artiste remet sans cesse sa création en question, en circulation, en évolution. Se référant à une performance réalisée avec Marina Abramovic en 2004 (un combat symbolique entre deux chevaliers en armure), Jan Fabre rappelle que « l’idée principale de la performance consistait à dire que nous étions deux chevaliers défendant la vulnérabilité de la beauté et de l’art. Nous sommes deux artistes qui aimons la beauté, nous aimons l’art, et nous ne souhaitons pas les détruire. Nous ne suivons pas l’exemple de ces artistes qui ont construit leur nom et leur réputation sur la destruction d’œuvres d’autres artistes ».

 

 

« Jan Fabre, Stigmata » du 30 septembre au 15 janvier 2017 au Musée d’art contemporain. Cité Internationale, 81 quai Charles de Gaulle, Lyon 6e. 04 72 69 17 17. www.mac-lyon.com Du mercredi au dimanche de 11 à 18 h. De 4 à 8€.

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