Ma vie de courgette, joyau noir de l’animation

Ma vie de Courgette réussit un véritable tour de force : aborder les thèmes les plus dépressifs liés à la maltraitance des enfants par une poésie visuelle et une stylisation de tous les instants. Alcoolisme, drogue, matricide, orphelinat, suicide… La noirceur du roman de Gilles Paris dont le film est adapté n’est pas pour les tout-petits, et rappelle les plus noirs joyaux de l’animation comme Mary et Max de l’australien Adam Elliot, utilisant déjà la pâte à modeler. Ici, le soin apporté à la réalisation et à la façon d’utiliser joliment l’espace miniature transcende tout : aux décors en bois sur lesquels on surprend parfois la peinture fraîche, viennent se greffer des couleurs pétantes, à commencer par les cheveux bleus de Courgette et des yeux exorbités comme sortis d’un film de Tim Burton. Après un début plombant baignant dans un réalisme triste à mourir, le pouvoir de l’enfance reprend peu à peu ses droits, au fil du très beau scénario de Céline Sciamma. Les séquences du train fantôme ou de la dark party des orphelins dansant sur les tubes les plus noirs de la dynastie rock sont autant de façon de déjouer malicieusement la violence pour mieux renaître à la vie. « Le Vent nous emportera » par Sophie Hunger s’ouvre alors sur un ciel enfin radieux, pour conclure ce drôle de film noir, sorte de « dark anim » lorgnant vers le récit initiatique. C’est un peu comme si The Cure avait débarqué à l’époque sur le plateau de Dorothée. Après avoir été entièrement conçu au Pôle Pixel de Villeurbanne, vous pouvez désormais voir les véritables personnages et décors au Musée de la miniature, jusqu’au 2 avril.

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