Réparer les vivants : Juste le début du monde

Il y a beaucoup de points communs entre Katell Quillévéré et Xavier Dolan, et pas seulement la présence de la géniale Anne Dorval. Il y a chez eux avant tout une même ambition formelle lorgnant vers l’esthétisme, un goût prononcé pour la présence de la musique, une direction d’acteurs au cordeau et un cinéma juvénile, débordant de vitalité, pourtant déjà traversé le vent de la mort. L’histoire de la transplantation du cœur du jeune surfer aurait d’ailleurs presque pu être la suite du dernier film de Dolan. D’autant que Katell Quillévéré ne s’inscrit pas non plus dans le réalisme habituel d’un certain cinéma d’auteur (voir la façon poétique avec laquelle elle filme l’accident). Avide de lyrisme, les plans d’hélicoptère flottant au-dessus des paysages et des protagonistes rappellent ceux de Tom à la ferme et, comme Dolan, elle essaie de tenir à la fois les fils sentimentaux (ceux qui restent autour du mort) et ceux de la description la plus clinique qui soit (le long chemin urgent de la transplantation proprement dite, comme dans le roman).

 

La Ronde

 

S’en suit un mélo tentaculaire avec une ambition narrative et visuelle comme on en voit peu dans le cinéma français. Réparer les vivants déborde d’une tendresse peu commune pour donner un ancrage sentimental en quelques scènes à chaque personnage. L’écriture de Gilles Taurand, co-scénariste, complice de Téchiné, n’y est sans doute pas pour rien. Tahar Rahim, Anne Dorval, Bouli Lanners, Emmanuelle Seigner comme Dominique Blanc sont bouleversants en quelques plans, malgré Kool Shen, seule erreur de casting du film. La mise en scène, elle, suit obstinément le mouvement de ce qui renaît à la vie, dessinant un kaléidoscope des vies entourant les patients très fidèle à ceux qu’on croise dans les hôpitaux. C’est simple, c’est beau. On se souvient alors justement de l’extrait de l’Evangile selon Saint-Jean qui figurait en exergue du Rendez-vous de Téchiné : “Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt il porte beaucoup de fruits“. Il n’aurait sans doute pas déplu à la réalisatrice dont le premier film, Un Poison violent, joli film avant le succès de Suzanne qui s’interrogeait justement sur la puissance de la foi et de la transmission.

 

 

Réparer les vivants de Katell Quillévéré (Fr, 1h43) avec Tahar Rahim, Anne Dorval, Bouli Lanners, Emmanuelle Seigner, Kool Shen, Finnegan Oldfield, Alice Taglioni, Gabin Verdet, Galatéa Bellugi…

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