Derniers jours pour voir l’expo Matisse

La voilà la grande expo Matisse promise par le musée des Beaux-Arts ! Comme prévu, beaucoup de dessins, peu « d’œuvres majeures », les grands formats couleurs de Monsieur Henri étant restés à la fondation Vuitton pour l’exposition sur la collection Chtchoukine. Que nenni, cette exposition de « contrebande » en quelque sorte, qui entre dans Matisse par la petite porte, recèle des trésors. D’abord parce qu’elle couvre l’ensemble de l’œuvre jusqu’au dernier tableau sur toile en 1948. Ensuite parce qu’on peut y voir des peintures rares dont une bonne vingtaine venus des musées américains. Enfin et surtout parce que sous le prétexte du « laboratoire intérieur  », en faisant des allers-retours entre dessins, peintures et sculptures, elle révèle des aspects moins connus de Monsieur Henri. Les très nombreux dessins mettent d’abord en valeur l’appétit sériel de Matisse – un des signes importants de sa modernité. La longue séquence des odalisques, les thèmes et variations autour de même modèles révèlent son art quasi-cinématographique : ses dessins n’ont rien de travaux d’études ou préparatoires mais constituent autant d’instantanés pris sur le vif lors de la pose des modèles pour ses tableaux. Les superbes dessins cendrés de la fin des années 40 à la Chapelle de Vence vont encore plus loin témoignent aussi d’une nouvelle architecture de ses dessins, plus anguleuse. Une belle façon de réhabiliter le noir chez l’artiste, tout aussi audacieux dans ses sculptures rarement exposées et disséminées ici tout au long de l’exposition.

 

Matez mes métisses

 

De la géniale Sculpture décorative de 1908 aux formes braques et généreuses à la brutalité du corps de la Baigneuse entrant dans l’eau bleutée, tous venus du Moma à New York, le nu féminin reste la figure majeure chez Monsieur Henri, avec des corps et des poses improbables d’une insolente liberté. En passant à travers toutes les périodes et toutes les formes d’expression de l’artiste, l’exposition semble conçue comme un effeuillage à l’envers, montrant tout le travail de réduction et de décantation conduisant à sa fameuse « ligne claire », ambiguïté extrême entre abstraction et figuration allant jusqu’à chambouler tous les repères du XXème siècle. Même des séries plus mineures comme celles de Blouses roumaines pratique un découpage des couleurs qui génère une forme de majesté décorative visionnaire, résumant aussi bien les siècles académiques passées que les futures expérimentations de l’art contemporain. C’est le miracle Matisse : contenir à lui tout seul toute le peinture de son temps et du suivant. Même si les quelques séquences en couleur pourraient presque paraître en trop, cette exposition fourre-tout conçue pour les 40 ans du Centre Pompidou, compose néanmoins un superbe portrait par effraction de la subversion douce de ce grand maître des formes modernes.

 

Henri Matisse, le laboratoire intérieur. Jusqu’au 6 mars 2017 au Musée des Beaux-Arts place des Terreaux Lyon 1er. Tous les jours sauf mardi de 10h à 18h (vendredi de 10h30 à 18h). Tél. : 04 72 10 17 40. www.mba-lyon.fr

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