Grave, premier film saigneur

Enfin un film fantastique français qui stimule nos rétines et nos papilles, et il nous vient d’une femme. Grave est l’événement du printemps cinématographique.

 

Coincé entre la grande tradition gothique anglo-saxonne et le baroquisme latin, le cinéma fantastique français a toujours eu du mal à trouver sa place, n’abordant souvent le genre qu’avec une distance soit chichiteuse soit parodique, à l’exception glorieuse d’une troisième voie poétique (merci Cocteau et Franju !). Bien peu de cinéastes se sont risqués à l’horreur viscérale, mais pour son premier film, Julia Ducourneau n’a peur de rien et nous confronte à une monstruosité bien plus humaine que surnaturelle avec cette fable sanglante, récit initiatique d’une jeune fille innocente, issue d’une famille de végétariens convaincus. À l’occasion de son entrée en école vétérinaire, elle va devoir faire face à sa véritable nature et à des désirs bien plus “charnels”, qu’il s’agisse de sexe ou de régime alimentaire… Au croisement du teen-movie, du drame familial et bien sûr du film gore, Grave surprend et stimule à chaque instant. Réflexion sur la frontière entre humanité et animalité, le film convoque un imaginaire médical et organique qui signe une belle filiation avec le cinéma de Cronenberg, tout en brouillant les pistes morales : le combat de deux soeurs qui luttent contre leurs pulsions cannibales effraie mais émeut, tandis que nous agresse la violence sociale d’un interminable et abrutissant bizutage d’étudiants. Portée par deux actrices impressionnantes, cette eau-forte éminemment personnelle est un vrai film d’auteur à la française, mais qui ne craint pas de se salir les mains dans la tripaille du cinéma de genre. Miam !

 

 

Grave de Julia Ducournau (Fr/Bel, 1h38) avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella… Sortie le 15 mars.

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