Nicolas Bedos, hypercondiaque

C’est une des caractéristiques de la basse comédie à la française : plutôt que d’inventer des situations et des seconds rôles savoureux indispensables à tout comique digne de ce nom, en France, on préfère miser sur un seul nom d’acteur bankable en vedette (vous remarquez que ce n’est jamais le cas pour les actrices, même connues). Quand on ne le dédouble pas, comme Jean Dujardin dans l’insupportable Brice 3 l’automne dernier créant un double de lui-même. Nicolas Bedos n’a pas besoin d’aller jusque-là, tellement il s’aime déjà beaucoup. Psychanalyse d’un couple sur plus de 40 ans, Monsieur et Madame Adelman aurait pu être écrit du point de vue féminin si l’on en croit le switch final que par charité on ne racontera pas, dans lequel Dora Tillier prend la vedette. Mais malheureusement, on aura vite compris qu’ici les femmes, comme chez Dany Boon, n’ont le droit d’exister qu’à travers le rôle principal de leur humble mari. Et quand par miracle elles ont le droit de coucher avec quelqu’un d’autre, c’est encore et toujours pour mieux approcher ce mâle si désirable. Mais ici on n’est pas dans la version popu d’une comédie de Dany Boon, plutôt dans la version intello de gauche, bourgeoise et puante. Les deux premiers plans du film réussissent déjà à filmer Bedos lui-même sous toutes les coutures : dans ses yeux en pleine concentration pour écrire en écoutant le Requiem de Mozart (ben tiens, chez les gens bien, comme dans les grands magasins de luxe, on écoute du classique, dont ne parle jamais, ça fait chic) ; juste avant de se filmer à nouveau en beau gosse dans un portrait de jeunesse nonchalamment posé dans la pièce. En une seule scène, il a déjà réussi à se filmer deux fois ! Il va passer son temps à le faire tout au long du film : dans le scénario et dans les livres qu’il est en train d’écrire – jusqu’à avoir le prix Goncourt (sic) – ou chez le psychanalyste (Denis Podalydès) qu’il ira emmerder jusqu’à son lit de mort, puis enfin à travers sa femme qui bien sûr écrira sa biographie à lui et non pas à la sienne…

 

Furoncle narcissique

 

ç’aurait pu être une simple exagération narcissique au deuxième degré, si seulement ça ne puait pas le racisme social en plein nez. Car ici on ne parle que pognon dans les plus belles places de Paris ou dans les manoirs si simples de la vie à la campagne, digne d’un château dans la Sarthe. On ne se compare qu’à des gens connus (Camus, Modiano, excusez du peu, en précisant quand même qu’on vaut mieux). Quand on sort d’un concert, c’est du Boulez, et celui qui fera l’éloge funèbre de ce modeste écrivain qui manque “d’estime de lui-même” (sic) n’est autre qu’un ancien ministre nommé Jack Lang. Ce n’est plus de la gauche caviar, c’est la gauche connard qui vomit son champagne en même temps que son foie gras en traitant tous les autres de débiles. C’est là qu’on atteint à l’abjection. Car Monsieur et Madame Adelman ont un fils. Un fils “débile” et “moche” bien entendu, il ne manquerait plus qu’il ne fasse de l’ombre à papa… Il faut voir avec quel mépris les parents parlent de la différence de ce fiston – thème si cher à la gauche – pour lequel ils n’auront jamais la moindr attention ni compassion. Jusqu’à un dialogue immonde de monsieur Adelman-Bedos : “ Si au moins il avait été autiste, j’aurais pu écrire un livre sur lui on se serair fait des couilles en or”. Qu’il se rassure, aussi autocentré sur sa petite personne de la haute entre gens “drôles, intelligents, riches et célèbres”, Bedos n’est culte que dans la petite caste médiatique de Ruquier et consort, et n’a pas le début de la moindre chance d’être un tant soit peu populaire. Il nous saoule tellement de lui même qu’on sait que même lorsqu’il fait mine de se dénigrer, c’est encore pour s’aimer un peu plus. On lui prédit volontiers un bide. Il aurait pu avoir une plume s’il s’était un tant soit peu intéressé aux autres ou au moins à ce qui l’entoure, ce qui reste le propre des écrivains. Pour le moment, il est juste un furoncle narcissique.

 

Monsieur et Madame Adelman de Nicolas Bedos (Fr, 2h), avec Nicolas Bedos, Dora Tillier, Denis Podalydès, Pierre Arditi, Christiane Millet, Zabou Breitman, Julien Boisselier… Sortie le 8 mars.

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