The Lost City of Z

C’est ce que François Truffaut appelait « un grand film malade » : James Gray est à l’évidence un grand cinéaste et l’image du chef op’ Darius Kondji touche ici souvent au sublime. Les fans du réalisateur américain retrouveront tous ses thèmes fétiches : un héros courant après une chimère obsessionnelle (ici, une cité perdue), le drame familial père-fils (encore) et l’amour des femmes, toujours (Sienna Miller, splendide).  Pourtant, le film ne semble jamais vraiment commencer. On pourra s’en consoler en disant que c’est son sujet même : une quête chimérique. Le problème semble pourtant plus profond, quelles que soient les qualités techniques qu’il affiche. En effet, tous ces thèmes personnels semblent ici plaqués sur un genre qui n’est pas celui de James Gray : le film d’aventures de conquistador. Pour parler de folie aveugle ou d’intrépidité, il faut du souffle. Ici, même l’Amazonie sent la naphtaline. Et les allers-retours entre forêt proprette, Angleterre post-victorienne et Première Guerre mondiale, aussi soignés soient-ils, correspondent à une débauche de moyens témoignant d’une incapacité à choisir son sujet. Pas étonnant alors que le projet ait été si dur à monter. James Gray est beaucoup trop sage pour capter la folie de son personnage. Une folie que rende pourtant parfaitement les acteurs, à commencer par Robert Pattinson, formidable en second rôle. Ce que James Gray arrivait à rendre en intensité dans le polar (The Yards) ou le sublime film d’amour (Two lovers), s’est peu à peu embourbé depuis The Immigrant dans le décorum d’époque. Le plan de fin de The Lost City of Z, très beau en soi, trahit ce que son cinéma est malheureusement devenu : le trompe-l’oeil très appliqué d’un cinéaste qui ne sait plus libérer sa créativité. Espérons qu’il revienne à un projet peut-être et plus modeste qui le fasse renouer avec son intensité première.

 

The Lost City of Z de James Gray (EU, 2 h 20) avec Charlie Hunnam, Robert Pattinson, Sienna Miller… Sortie le 15 mars.

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