Kev Adams, jeune et réac’

C’est l’une des grandes tendances des comédies françaises paresseuses. Mettre en scène des personnages racistes/ homophobes/ antisémites, parfois tout ça à la fois, en se vautrant dans le cliché soit disant pour nous faire rire. Ce mois-ci, la palme du mauvais goût revient à Gangsterdam de Romain Lévy, avec la star Kev Adams, qui ferait passer Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu de Christian Clavier pour une campagne institutionnelle promouvant le vivre ensemble. Après avoir provoqué un tollé avec son sketch Le Chinois, diffusé en décembre sur M6, Kev Adams récidive dans les clichés nauséabonds en campant un garçon timide et empoté qui va apprendre à devenir un homme, un vrai. C’est à dire un mec qui a des couilles, sait manier un flingue et conduire une Porsche. Comme quoi, on peut avoir 25 ans et être réac’.

 

Femmes, je ne vous aime pas

 

Il faut d’ailleurs voir le traitement réservé aux personnages féminins, qui ne sont que deux (on n’est pas arrivé à compter les personnages masculins, y en avait trop). La première est une baroudeuse garçon manqué considérée comme ultra cool. La seconde est tout simplement une prostituée (normal, on est à Amsterdam). Forcément, elle est blonde, pousse de petit cris stridents pour un rien et le nombre d’hommes auxquels elle a fait des gâteries la laisse rêveuse. Merci pour la vision un brin binaire de la femme. Sans parler du petit frère du héros, un caïd de 12 ans, qui parle à sa petite copine comme à un(e) chien(ne), lui ordonnant de l’embrasser ou de rire à ses blagues. Vous avez dit choquant?

 

Viol par la bouche

 

Et ce n’est pas fini. Les homosexuels aussi en prennent pour leur grade avec le personnage du meilleur ami, roux, pétomane, raciste, gay refoulé, présentant un certain penchant pour le viol, amoureux de son meilleur ami et traité de fous dès que ses tendances sexuelles se manifestent. Bonjour les séances chez le psy. Mais là où on atteint le pompon du patriarcat préhistorique arrièré, c’est dans l’une des scènes finales qui suggère que le viol est plus moral que le meurtre. (Note pour le réalisateur : une fellation non consentie, c’est un viol). Et même que ça peut-être rigolo si la victime est un méchant très méchant.

 

Vous avez dit « second degré » ?

 

On a beau adorer le politiquement pas correct, les blagues borderline et salaces, là, ça nous met juste mal à l’aise. Sûrement parce que le ressort comique repose sur l’humiliation des faibles et des minorités. On pourra arguer que tout ça c’est du second (voir du millième) degrés, le problème, c’est le public visé. Car selon un sondage pour le journal de Mickey (attention, c’est du sérieux), l’humoriste Kev Adams se classe en 4e position des personnalités préférées des 7–14 ans. Et les films dans lesquels il joue réalisent des scores records frôlant les 4 millions d’entrées. Avec une telle notoriété, le comique doit-il tenir compte de sa responsabilité morale envers son public? On ne se chargera pas de décider à sa place, mais pas sûr que les plus jeunes perçoivent l’étendue comique qui se cache derrière une réplique telle que “l’homosexualité est une humiliation pire que la mort”. Nous, on cherche encore.

 

Caroline Sicard

 

Gangsterdam de Romain Lévy. Avec Kev Adams, Manon Azem, Côme Levin… Sortie le 29 mars

Vous pouvez encore y aller