Rencontre : Wajdi Mouawad

Après le succès de sa trilogie Littoral/Incendies/ Forêts, c’est peut-être le spectacle dans lequel le discret Wajdi Mouawad a pris tous les risques, seul en scène, se mettant à nu au sens propre comme au sens figuré, pour voir ce qu’il peut encore attendre du théâtre. Gonflé.
 

C’est ce qui s’appelle être gonflé
. Après avoir été l’artiste associé du festival d’Avignon en 2009, d’avoir connu un des plus beaux succès théâtraux de ses dernières années avec sa trilogie au long fleuve Littoral/Incendies/Forêts, Wajdi Mouawad aurait pu se contenter d’enfoncer le clou de la facilité, bref, de donner ce qu’on attend de lui. Mais comme un coup de dés jamais n’abolira le hasard, il est venu seul en scène moins pour se raconter que pour éprouver une nouvelle pratique du théâtre et la pousser jusqu’à ses plus belles extrémités. Finies les grandes fresques familiales aux relents de tragédie antique, fables un rien lyriques dont il a provisoirement épuisé le souffle. « Après Forêts, je cherchais, par tous les moyens, une manière d’écrire différente, explique le comédien metteur en scène. Je cherchais un moyen de tuer le bavardage qui jusqu’ici était le mien. » Le témoignage est sévère. Après avoir fait une incursion sur la scène lyrique avec L’Enlèvement au sérail grâce à l’Opéra de Lyon, en reprenant ce spectacle créé à Chambéry en 2008, Mouawad cherche à refaire « du théâtre » plutôt qu’une « pièce de théâtre ». « L’écriture ici relève de la polyphonie. Nous nous entêtons à travailler sur un rapport mot-acteur. Nous nous trompons, puisque le reste est aussi de l’écriture. »
 

Je est un autre

 
Pour Seuls, Wajdi Mouawad est allé voir ailleurs. Dans la peinture d’abord, celle de Rembrandt et du Retour du fils prodigue, qui donne lieu à un final particulièrement saisissant. Dans les spectacles de son compatriote Robert Lepage ensuite, pour cette forme de solitude plurielle, ouverte aux quatre vents du monde et à tous les vocabulaires artistiques. « L’influence de Robert Lepage est majeure, explique Mouawad. Pas tant dans la manière de faire du théâtre, qui lui reste propre, que dans l’esprit de liberté qui caractérise sa démarche. Robert Lepage rappelle combien le théâtre est un lieu d’expérimentation, une expérimentation qui se poursuit, au-delà des répétitions, tout au long des représentations. » L’expérimentation, c’est bien ce qui caractérise ce solo d’un étudiant en mal de terminer sa thèse (sur Robert Lepage), rattrapé par ses fantômes artistiques qui se projettent en vidéo autour de lui comme des ombres ensorcelantes. Prenant tous les risques, Mouawad emmène son spectacle jusqu’au happening artistique façon pop art, comme pour retrouver un geste originel, faire enfin stopper le discours qui menaçait d’étouffer son théâtre pour plonger de plain-pied dans la matière théâtrale : les couleurs, les formes, les images, le corps. C’est instable, déstabilisant, parfois agaçant, diablement audacieux et finalement un des spectacles les plus originaux et les plus stimulants de la coqueluche du théâtre contemporain. C’est déjà beaucoup.
 
AGENDA
 
Seuls
De et avec Wajdi Mouawad
Du mercredi 10 au samedi 13 mai à 20 h. De 14 à 25€.
 
Sœurs
De Wajdi Mouawad.
Du mardi 16 au vendredi 19 mai à 20h. De 14 à 25€.
 
Intégrales Wajdi Mouawad Seuls + Sœurs.
Samedi 20 et dimanche 21 mai.

Au TNP à Villeurbanne, grande salle Roger Planchon.
tnp-villeurbanne.com

 
Rencontre avec Wajdi Mouawad : jeudi 11 mai à 12h30 à l’ENS de Lyon, Lyon 7e.
Entrée libre sur réservation uniquement.

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