Thee Oh Sees à l’Épicerie Moderne

Le drôle de nom qu’il a choisi pour son projet a un temps brouillé les pistes. On sait bien, aujourd’hui, qu’il n’y a qu’un seul maître à bord de Thee Oh Sees : John Dwyer. Un grand gaillard avec une allure de vieux skater même si son truc, c’était plutôt les rollers et l’herbe fraîche au bord du rink. Coupe au bol, bras, buste et mollets encrés de dizaines de dessins, Marcel en fin de carrière et short en Denim délavé – en matière de look, disons qu’il a tout pris à Ty Segall, MacDemarco et une nuée de wannabes moins talentueux que ces deux-là. Mais son influence sur la scène rock actuelle n’est pas que vestimentaire, tant s’en faut. En réalité, le costume d’adolescent attardé cache un compositeur aussi génial que tenace, actif sous divers avatars depuis la fin des années quatre-vingt-dix. Depuis la Bay Arena de San Francisco, John Dwyer n’a cessé de creuser le sillon d’un rock amoureux des guitares, des riffs lourds et des ambiances hypnotiques parvenant à maintes reprises à réunir dans un même geste la douce transe du psychédélisme, la fureur du punk et la précision « Deutsch Qualität » du krautrock. Un alliage à la dureté sans égale que Dwyer le forgeron a reproduit avec acharnement – pas loin de deux albums par an en moyenne – jusqu’à ouvrir sa propre forge, Castle Face Records et accompagner une belle brochette de descendants en puissance tels que White Fence, King Gizzard and the Lizzard Wizard et, évidemment, Ty Segall. À ce moment de l’histoire, il est sans doute nécessaire d’ôter un doute qui pourrait poindre : ce n’est pas, mais alors pas du tout, la fin de Thee Oh Sees. Le mythe de l’ex-rockeur devenu producteur, du musicien rangé, même en parrain d’une foisonnante scène garage psyché… très peu pour Dwyer. En 2016, il a sorti ses dix-septième et dix-huitième albums studio A Weird Exits et An Odd Entrances – encore de savants jeux de mots. Ils n’égalent pas le chef-d’œuvre Floating Coffin, mais le tutoient à plusieurs reprises et offrent quelques superbes bizarreries, telles que l’entêtant Crawl Out from the Fall Out, qui doit autant au Bolero de Ravel qu’au Tago Mago de Can. Magistral.
 
AGENDA
 
Thee Oh Sees + Décibelles
Samedi 13 mai
à 20 h 30 à l’Épicerie moderne, Feyzin. De 12 à 16€.

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