Une famille heureuse de Nana Ekvtimishvili

Alors que toute sa famille est réunie pour fêter son 52e anniversaire, Mannana est maussade. Elle résiste, se fait prier, et finit par provoquer une engueulade généralisée dans le salon… Les premières minutes d’Une famille heureuse font peur, tant on croit retrouver une énième fois ce cinéma venu de l’Est au naturalisme souvent surécrit et théorique, dont les Roumains sont les ambassadeurs. Mais très vite on échappe au déterminisme du film choral, à l’image de son héroïne qui décide sur un coup de tête de partir s’installer seule dans un modeste appartement de Tbilissi.
 
Juste un portrait
 
Ce petit précis géorgien de décomposition familiale est croqué avec finesse et ironie, car jamais le comportement de Mannana n’est explicité. Au fond, ce que ses proches ne supportent pas, c’est qu’elle n’a rien de précis à leur reprocher. Le film rend compte de l’appel d’air que permet non pas cette fuite, mais cette possibilité de construire une forme de liberté. Peu à peu, par la grâce d’une mise en scène sensible aux lieux et aux objets, l’appartement refuge un peu décrépit devient cocon, et se pare d’un charme particulier, se remplit de livres et de musique, respire, s’ouvre sur les arbres du parc balayé par les vents. Loin de tout bavardage psychologisant, se dessine ainsi par touches impressionnistes un très beau portrait de femme, ni victime ni porte-drapeau. Le film l’accompagne jusqu’à une fin abrupte, mais ouverte, effondrement définitif ou renouveau, on ne sait. Comme une promesse de tous les possibles.
 
AGENDA
 
Une famille heureuse

De Nana Ekvtimishvili, Simon Groß (Géorgie/ Allemagne, 1 h 59)
Avec Ia Shugliashvili, Merab Ninidze, Berta Khapava…
 
Sortie le 10 mai

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