Don Giovanni : homme-femme, mode d’emploi

Ce n’est sans doute pas parce que notre nouveau président, Emmanuel Macron, a eu le bon goût de mettre un extrait de Don Giovanni après son discours de prise de pouvoir, mais toujours est-il que le chef-d’œuvre absolu de Mozart est à l’affiche partout. D’abord, aux Nuits de Fourvière dans une version courte, revue et corrigée par l’orchestre de Piazza Vittorio, spécialiste des relectures débridées de la musique classique. Avec une drôle d’idée : confier Don Giovanni à une voix de femme, androgyne, au temps des années folles et du Cotton Club. Pour une version plus classique, en bonne et due forme, vous pouvez passer les Alpes pour voir le rêve d’Éric Vigié, le directeur de l’Opéra de Lausanne, enfin réalisé : mettre en scène son opéra préféré. C’est ce que fera aussi un des nos metteurs en scène préférés, Jean-François Sivadier, dans la cour de l’Archevêché au festival d’Aix cet été, avec dans le rôle-titre Philippe Sly, qui incarnera aussi Don Giovanni dans la nouvelle production de l’Opéra de Lyon en 2018, signé par David Marton, enfant terrible du théâtre berlinois. Autant de possibilités de découvrir un opéra archi-célèbre, mais qui reste atypique : il y a en effet un malentendu autour du personnage Don Giovanni depuis que les vieux beaux ont essayé de se l’approprier sous prétexte de mythe.
 
Comme tous les opéras de Mozart, c’est avant tout un opéra choral (Don Giovanni n’a qu’un seul air pour lui seul, une courte et splendide sérénade). Et comme tous les opéras de Mozart et de Da Ponte (ami de Casanova), c’est davantage un opéra sur un jeune queutard que sur un vieux tombeur… (l’opéra a d’ailleurs été créé avec un Dom Juan de 24 ans). Mais c’est surtout un opéra sur la vengeance des femmes, sur une sexualité adulte truffée d’ambivalences, circulant comme le désir entre domination, addiction, toute-puissance, prédation et dépendance sentimentale.
Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si ce sont les femmes qui, comme toujours chez Mozart, ont les plus beaux airs, jusqu’à définitivement engloutir celui que le livret comme un « dissoluto punito ». Bref, Don Giovanni reste à jamais l’opéra de toutes les ambiguïtés de la sexualité.
 
AGENDA
 
Don Giovanni de Mozart
 
Mes : Eric Vigié. Dir. mus. : Michael Güttler.
Du mercredi 4 au dimanche 14 juin à 19h (dim 15h ou 17h). De 25 à 175 CHF. opera-lausanne.ch
 
Mes : Jean-François Sivadier. Dir. mus. : Jérémie Rhorer.
Du jeudi 6 au vendredi 21 juillet à 21 h 30. De 30 à 270€. festival-aix.com
 
Mes : David Marton. Dir. mus. : Stefano Montanari.
Du lundi 25 juin au mercredi 11 juillet à l’Opéra de Lyon.
Réservations le mercredi 7 juin à 12 h. De 14 à 94€. opera-lyon.com
 

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