Faute d’amour de Zviaguintsev : l’enfance nue

Après une série de grands films sur la Russie, Zviaguintsev conserve sa maestria visuelle mais alourdit son propos avec Faute d’amour, grand film manqué sur un enfant qui disparaît. Déception polie.

La chair est triste, hélas, et j’ai vu tous les films de Zviaguintsev. Le moins qu’on puisse, c’est qu’on y rigole de moins en moins. On y fait la gueule comme dans le pire du cinéma roumain, chaque scène se veut signifiante sur l’état de la société russe d’aujourd’hui, un peu comme dans Baccalauréat de son compère Mungiu l’an passé. Même la jouissance est triste, tout n’est qu’égoïsme chez ces parents n’ayant pas le début d’une attention pour leur fils, la mère plongée aussitôt dans son téléphone portable, sans compter le narcissisme d’un fitness très élégant avec tapis roulant en extérieur sur le balcon, ou les selfies entre copines en boîte de nuit… Pas étonnant que l’enfant disparaisse devant l’indifférence et le mépris de ses géniteurs. Le problème désormais avec Zviaguintsev, c’est qu’il se sent obligé de nous asséner trois fois la signification de ce qu’on aurait pu comprendre en un seul plan sublime (le plan désolé sur le visage radieux du garçon à son bureau). Moralité : chaque scène se termine par un subreptice zoom avant pour nous inciter à réfléchir avec nos yeux ! A une scène de baise déprimée pour femme enceinte succède la réplique avec les ronflements du mâle pour bien nous montrer l’incommunication entre adultes. Les plans du début qui rappellent ceux de son précédent Léviathan reviendront pour boucler la boucle à la fin. Le cinéma de Zviaguintsev est désormais beaucoup trop centré sur lui-même. Il est un peu devenu l’auteur officiel de la Russie pour les festivals, la métaphore politique de lé génération des parents étant ici évidente.

De beaux lendemains ?

Heureusement, la seconde partie réserve de beaux restes après la disparition de l’enfant, comme les décors des caches souterraines de la “base” en forêt pour échapper aux adultes, ou une scène stupéfiante à la morgue qui nous montre la grandeur de ses deux acteurs quand le cinéaste veut bien leur faire faire autre chose que la gueule pendant 95% du film. Dommage donc que Zviaguintsev prenne autant de temps à rendre ses deux personnages principaux désagréables. Malheureusement, il y arrive très bien, et alourdit du même coup ce qui aurait pu être un grand film élégiaque. Dommage.

L.H.

Faute d’amour d’Andreï Zviaguintsev (Rus, 2h07) avec Maryana Spivak, Aleksey Rozin, Matvey Novikov, Yanina Hope… Sortie le 20 septembre.

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