Haendel mania au festival d’Ambronay

Ambronay est toujours le grand festival baroque de la région. Il s’ouvrait mi-septembre avec l’Orfeo d’orfèvre découvrant plutôt le paradis musical que les enfers grâce à Leonardo Garcia Alarcon, chef inspiré révélé par le festival. Et si les vedettes de la musique d’antan se sont succédé depuis, ce n’est pas pour débiter des tubes rebattus. En attendant le festival Eemerging sur les nouveaux ensembles européens début octobre, Ambronay reste bien aussi un véritable centre culturel, lieu de toutes les redécouvertes. La preuve avec un week-end Haendel qui faisait la part belle aux oeuvres moins connues. D’abord avec le récital en quatre langues (allemand, italien, français, anglais) de la soprano québécoise Karina Gauvin. Pas vraiment colorature, mais franchement théâtrale avec un show digne des drama queens américaines, elle est rompue aux vocalises haendéliennes qu’elle a gravées sur disque à de nombreuses reprises. Si Rameau lui seyait moins en fin de récital, la demi-douzaine d’aria da capo du compositeur naturalisé anglais était admirablement pensée : depuis Almira, le tout premier opéra allemand de Haendel qu’on n’entend pratiquement jamais, jusqu’à Rodelinda ou Solomon en bis, elle a traversé tout ce demi-siècle d’or porté par l’orchestre de Julien Chauvin, Le Concert de la loge, faisant beaucoup avec peu (de musiciens). Jusqu’à la grande plainte d’Alcina, Ah ! Mio cor, pathétique au plein sens du mot, la laissant au bord des larmes.

Et voilà le soleil

Le lendemain c’était au tour de l’Accademia Bizantina d’Ottavio Dantone de raviver la trop rare Resurrezione, vrai faux oratorio de jeunesse d’un Haendel de 22 ans. Détournant le thème strictement religieux, renonçant aux choeurs qu’il maîtrise pourtant déjà parfaitement, Haendel pense déjà opera seria et déploie une série d’airs inspirés, depuis la puissance diluvienne de la basse en Lucifer (Lisandro Abadie, presque sage), jusqu’aux éloges pastorales extatiques de Saint-Jean, avec l’air de la tourterelle ou Ecco il sol, le plus bel air de l’opéra sur le lever su soleil sur la mer en signe d’espérance. On vous le conseille au petit-déjeuner pour jouir du jour qui se lève… En Saint-Jean, le jeune ténor suédois Martin Vanberg (photo) a volé la vedette à la distribution féminine, maîtrisant le da capo avec un art aussi discret qu’inspiré de l’ornementation.

L.H.

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