War Requiem : Au revoir là-haut

C’est une oeuvre qui n’avait jamais été mis en scène. Même dans le cadre très institutionnel du Centenaire de la paix de 1918 programmé sur de longs mois par la Ville de Lyon, l’Opéra continue d’innover. En demandant à Yoshi Oida, ancien acteur chez Peter Brook et déjà auteur de plusieurs mises en scène mémorables à l’Opéra de Lyon, de retourner sur les traces de son compositeur fétiche : Benjamin Britten. Une mélopée ensorcelante pour un drôle de Requiem qui comporte des scènes véritablement théâtrales. Yoshi Oida est un maître et l’on est saisi d’entrée de jeux par sa reconstitution réaliste et habitée des gestes de l’après-guerre : le chagrin d’une veuve déposant une fleur à l’intérieur d’un cercueil, le drame entrecroisé des nations, les habits de soldats étalés sur le sol, mais vidés de chair humaine, ou le fantôme du meilleur ennemi d’un soldat qui revient chanter sa mort à l’oreille. Le spectacle devient définitivement universel lorsque les vois d’enfants chères à Britten finissent par envahir la scène comme s’ils restaient étrangers au drame de la guerre qui les précède, chantant l’espoir d’un paradis que le monde des hommes ne semble jamais pouvoir atteindre. Le chagrin et la tragédie collective se muent alors en état de grâce, sublimé par les décors de Tom Schenk, utilisant tour à tour la peinture, les images d’archives, la lumière et le feu. L’orchestre et les choeurs sont comme galvanisés par le nouveau chef permanent de l’Opéra de Lyon, Daniele Rustioni. C’est simple, beau, bouleversant d’humanité, ovationné pendant 10 minutes le soir de la première. Et en plus, c’est très court : 1h30 d’émotion collective dans laquelle les spectateurs les moins enclins au chant lyrique pourront découvrir toute la puissance rédemptrice de l’opéra. Magnifique.

L.H.

War Requiem de Benjamin Britten. Mise en scène Yoshi Oida. Direction musicale : Daniele Rustioni. Jusqu’au 21 octobre à 20h (dim 16h) à l’Opéra de Lyon. De 15 à 85 €. opera-lyon.com

 

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