Dans la peau du monstre

Créer un diptyque autour de la figure du monstre moderne, voilà une idée aussi périlleuse qu’ambitieuse. D’un côté, Lucie Depauw présente Lilli / Heiner, ou l’histoire d’une sportive dopée à la testostérone en pleine Allemagne de l’Est. À force de prendre ces produits à très haute dose, son corps se masculinise. De l’autre, Stéphanie Marchais dévoile Intégral dans ma peau. En grave rébellion contre une collectivité qu’il méprise, le jeune Josh est prêt à commettre l’irréparable pour laisser une trace, qu’importent les conséquences.

En traitant d’individus « hors-normes », les autrices nous rappellent que c’est la société qui dicte les codes à suivre. Au risque, si on ne les adopte pas, de paraître anormal aux yeux des autres. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Lili / Heiner est construit sous la forme d’un procès. Sans le vouloir, nous jugeons ces gens « différents » car nous n’arrivons pas à les appréhender.

Plein feux sur l’actualité

Thèmes centraux de ces deux pièces, le désir et la perte se mêlent à des sujets (transsexualité, terrorisme) faisant pleinement écho à notre actualité. Ils interrogent également le spectateur de manière drôle, crue et malaisante. Car Depauw et Marchais n’ont pas peur de faire face à cette problématique, frontalement. Sans tomber dans l’excès d’empathie ou en évitant un quelconque pathos, elles font progresser leurs personnages dans un univers fluctuant, évoluant sans cesse, aux accents cinématographiques forts. Une très belle réussite.

Hugo Harnois

 

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