Festival Lumière : la première séance

Devenue traditionnelle après neuf ans d’existence, l’ouverture de cette nouvelle édition du festival Lumière a été orchestrée de main de maître par Thierry Frémaux. Comme à l’accoutumée : classique, et sans surprise.

« J’ai l’impression qu’on s’est quitté hier », a lancé un Thierry Frémaux en pleine forme devant les 5000 spectateurs de la Halle Tony Garnier. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que rien n’a dépassé du cadre. Défilé de stars, vidéo rituelle de la famille d’acrobates Krémos, montage de la programmation, karaoké… Si la salle s’est montrée réceptive, elle n’a pas été dépaysée par cette soirée d’ouverture, devenue au fil des ans très mécanique.

Seul Bertrand Tavernier, par sa bonhomie, a su mettre de la spontanéité à cet événement trop cadré. À commencer par son émouvant et bel hommage à Jean Rochefort, disparu le 9 octobre dernier à 87 ans. Il a notamment fait taire certaines critiques déplorant que Rochefort n’ait pas participé à la Nouvelle Vague, en rappelant que l’acteur avait souvent fait débuter des metteurs en scène. À commencer par Tavernier lui-même, avec son premier film en 1974 : L’horloger de Saint-Paul. Mais aussi Patrice Leconte avec Les vécés étaient fermés de l’intérieur, ou Philippe Lioret dans Tombés du ciel. « C’était un acteur génial avec qui on riait et qui m’a fait découvrir énormément de choses », a lâché le réalisateur de Que la fête commence, visiblement affecté.

L’ambiance est vite revenue dans la Halle après l’arrivée sur scène de l’invité d’honneur: Eddy Mitchell. Là encore, Tavernier a su démontrer son art de l’anecdote en évoquant le premier rôle important du chanteur au cinéma. C’était en 1981, dans son film Coup de torchon. « Pour jouer un imbécile, seul quelqu’un de très intelligent pouvait le faire », a-t-il clamé pour témoigner toute son affection à l’interprète de Tu peux préparer le café noir.

Lors du bref échange entre Frémaux et Eddy Mitchell, ce dernier a montré qu’il maniait l’autodérision avec simplicité en concédant : « mon anglais est amusant, mais pauvre ». Et après un karaoké embarrassant reprenant La dernière séance, c’est le chef-d’œuvre d’Hitchcock La mort aux trousses qui a été choisi comme séance d’ouverture. Classique, mais grand classique, on vous l’a dit.

Hugo Harnois

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