Petites histoires cachées de cimetières lyonnais

Alors que la fête de la Toussaint a traditionnellement lieu le 1er novembre, de nombreux Français vont se recueillir sur la tombe de proches disparus. L’occasion de se plonger dans les récits singuliers de nos cimetières lyonnais.

Loyasse, le Père-Lachaise lyonnais…

Quel est le point commun entre Édouard Herriot, Pierre-Thomas Rambaud et Antoine Gailleton ? Outre le fait qu’ils aient été maires de Lyon, ces trois hommes reposent tous au cimetière de Loyasse. Construit en 1807, ce dernier est notamment connu pour sa vue somptueuse sur les hauteurs de la colline de Fourvière, offrant des panoramas admirables sur le centre ville. De plus, nul besoin de se recueillir sur la tombe d’un proche pour aller visiter cet endroit atypique. Il suffit d’aller observer des tombes en forme de sarcophage, des bustes d’artistes lyonnais ou des monuments pyramidaux pour se rendre compte que ce lieu vaut le détour. Mention spéciale à l’obélisque monumental surplombant tout le cimetière dédié à Jean-Pierre Pléney, créateur des livrets de Caisse d’Épargne aux jeunes personnes méritantes.

…aux défauts multiples…

Considéré au XIXème siècle comme le « cimetière des riches », Loyasse est victime de son succès. Le lieu est dans l’obligation de s’agrandir au fur et à mesure que les riches dynasties lyonnaises s’emparent de « caveaux de familles ». Pourtant, le site n’est pas des plus fonctionnels. Si son emplacement donne une vue imprenable, il ne reste pas pratique. Conçu sur des terres mouvantes occupant les vestiges romains, l’endroit subit effondrements et tempêtes, empêchant parfois la décomposition des corps. Enfin, le côté ouest du plateau  de la Sarra est loin du centre-ville et difficile d’accès. Ce qui, dans les années 1800, rend la circulation des corps compliquée. Cent ans plus tard, les constructions du funiculaire et du train faciliteront finalement ces déplacements.

Le Cimetière de Loyasse, refuge de la flore

En renonçant aux produits phytosanitaires, le cimetière de Loyasse est devenu le premier en France à se transformer en refuge pour la faune et la flore. Désormais, qu’importe si la végétation envahit certaines tombes et si des insectes s’invitent dans les différentes allées du site. Abeilles, vers luisants, lézards et hérissons sont maintenant les bienvenus dans un lieu où la nature est redevenue maîtresse des lieux. Premier cimetière français de type patrimonial à être labellisé Refuge LPO (Ligue de protection des oiseaux), on recense aujourd’hui plus de 40 espèces différentes survolant les 12 hectares de Loyasse. En effet, ce n’est pas parce qu’un cimetière est destiné aux morts que la vie ne doit pas y avoir sa place. Un bel exemple que pourraient suivre d’autres cimetières.

Cimetière de Loyasse, 43–46 rue du Cardinal Gerlier, Lyon 5e. Ouvert tous les jours de 8 h à 17h30.  04 78 25 28 51

Le cimetière de la Guillotière, abritant les « morts sans toi(t) »

Depuis 2003 et le terrible épisode caniculaire subi par la France, le Conseil lyonnais pour le Respect des Droits a créé le collectif Morts sans toi(t). Tous les ans, des personnes décèdent dans l’anonymat le plus total. C’est pourquoi, plusieurs dizaines de bénévoles font le lien avec les hôpitaux et les services funéraires lyonnais. Lorsqu’une victime est morte « sous X », ces derniers préviennent le collectif. La plupart du temps, c’est au cimetière de la Guillotière ou au salon funéraire de l’hôpital qu’ont lieu les cérémonies. Textes, poèmes et recueillement sont prévus par les membres de l’association qui n’ont qu’un souhait : accompagner les défunts « pour que leur mort ne ressemble pas à leur vie ».

Cimetière de la Guillotière, 228 avenue Berthelot, Lyon 8e. Ouvert tous les jours de 8 h à 17 h. 04 78 00 77 11

Des crânes et des os dans la chapelle des Brotteaux

Prêt pour le grand frisson ? Il suffit de se diriger sous la chapelle des Missionnaires de Notre-Dame située rue de Créqui pour se rendre dans une crypte, pour le moins mortuaire. À l’intérieur se trouvent des crânes, des fémurs et autres morceaux de tibias de près de de 200 victimes. Celles-ci ont été fusillées et/ou massacrées par l’armée révolutionnaire de la Convention pendant les années 1793–1794, en pleine période de « Terreur rouge ». Ce n’est que bien des années plus tard (1814) qu’un monument est élevé en l’honneur de ces martyrs. Le hic n’intervient que cent ans après. Évolution démographique oblige, la rue de Créqui doit être prolongée. Alors que le maire Victor Augagneur refuse le déplacement des os vers un petit sanctuaire voisin, fraîchement conçu en 1902 par l’architecte Paul Pascalon, c’est Edouard Herriot qui ne validera le transfert des ossements que quatre ans plus tard. Un siècle est passé, rien n’a bougé, ou presque. Bonne visite.

Chapelle Sainte-Croix et crypte, 147 rue de Créqui, Lyon 6e. Ouvert tous les jours de 6h50 à 19h. Visite de la crypte sur rendez-vous au 04 78 24 30 82.

Hugo Harnois

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