Récital Prima Donna Assoluta

« Elle était petite et trapue, avait un visage pâteux et désagréable, mais un beau teint. Elle n’était pas bonne actrice, mal vêtue, et pourtant à peine après qu’elle fut apparue parée d’une robe de soie brune bordée d’argent qui scandalisa toutes les vieilles dames par son inconvenance, elle devint unanimement un emblème national de la jeunesse et de la beauté. » Voilà comment Horace Walpole décrivit une des premières apparitions à Londres de la diva Francesca Cuzzoni dans les années 1720, payée à prix d’or pour l’époque (1 500 £), et héroïne des grands chefs-d’œuvre de la première période de Haendel : Cléopâtre dans Jules César, Rodelinda dans le rôle-titre ou même Rinaldo pour la reprise. Ce sont ces grands airs que Haendel composa pour la Cuzzoni de 1721 à 1728 que Simone Kermes vient interpréter dans un concert exclusif conçu pour Lyon, avec l’orchestre baroque du Lautten Compagney Berlin.

Belzébuth contre la diablesse

Les récitals avec orchestre sont rarissimes. Entendre la musique baroque dans la sublime chapelle de La Trinité dont le décor est de la même époque est déjà un spectacle en soi. Mais Simone Kermes est aussi une interprète majeure du répertoire haendélien, soprano colorature idéale pour incarner le style « léger et agile de la Cuzzoni », qui a gravé au disque notamment une Rodelinda d’anthologie avec Alan Curtis. Rinaldo, Rodelinda, Giulio Cesare, ce sont les plus grands titres du bel canto selon Haendel qu’elle vient chanter à Lyon. En espérant qu’elle réserve une petite place à de sublimes mélodies amoureuses toutes simples dont Haendel avait le secret, comme le Falsa imagine d’Ottone qui fut le premier tube de la Cuzzoni à son arrivée à Londres. Diva de première catégorie, elle avait d’abord voulu refuser d’entrée sur scène avec une mélodie aussi simple. Comme à son habitude, Haendel n’avait rien cédé et lui avait répondu dans une anecdote célèbre : « Madame, je sais bien que vous êtes une véritable diablesse, mais je vous ferai savoir, moi, que je suis Belzébuth, le chef des diables ! ». Falsa imagine fut un tube immédiat, que la Cuzzoni reprit à l’époque pendant plus de trente ans dans ses récitals. On est un génie ou on ne l’est pas.

L.H.

 

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