Le Président

On le savait, bien avant que cela ouvre. Il y aurait des grenouilles au menu. En conséquence, il semblait difficile de ne pas visiter Le Président sans sacrifier des batraciens regrettant de ne pas avoir élu domicile en Grande-Bretagne. Bien sautés, le beurre léger, jusqu’à bien grilloter sur les bords… De la bonne grenouille, qui nécessite l’art de manger avec les doigts façon Prince Charles. Certes, il n’y a que 13 paires de cuisses pour 29 euros, pas tout à fait de quoi monter le Crazy Horse. Mais la bonne grenouille est chère, sans parler du beurre bientôt en vente chez Chanel.

Le Poutine des Toques blanches

Résumons les précédents épisodes pour expliquer nos dons de voyance. Christophe Marguin a quitté les Échets (Ain), et son auberge gastronomique historique pour s’installer en ville, côté parc, en reprenant Le Président, une adresse mythique mais déliquescente. Il en a importé les deux symboles de la Dombes : les grenouilles et le poulet à la crème. Mais pas seulement. Dans une carte courte, donc à même d’être bien travaillée, le style moderniste domine. Ainsi, en entrée, on a particulièrement apprécié l’esprit insufflé à “l’oeuf parfait”, sur butternut, déjà vu ailleurs, mais ici présenté en plusieurs textures (avec du bois de genévrier en prime, dont on ignorait jusque-là l’usage culinaire). Extra. Idem pour le saumon, japonisant, cuit au moment où l’on verse le bouillon dans l’assiette, accompagné de cébettes à la queue emplie d’une farce aux gambas. La joue de bœuf confite accordée de trois variétés de carottes, faisait accéder le genre ancillaire bœuf-carottes à un statut de châtelain. En dessert la « surprise » au chocolat (dacquoise noisette, crémeux praliné) complète l’idée que moins on en propose, au mieux l’on fait. Surnommé « Poutine » dans le milieu, pour sa capacité à rester président des Toques blanches Lyonnaises jusqu’à la fin des temps, Christophe Marguin joue à fond son rôle, posant au mur aux côtés de Sarkozy, Macron et même le Pape, dans un joli cadre de salon contemporain qui ferait passer l’ancien président pour René Coty.

François Mailhes

Le Président, 11 avenue de Grande-Bretagne, Lyon 6e. 04 78 94 51 17. Fermé samedi et dimanche. Carte uniquement. Entrées : entre 10 et 12 euros. Plats : entre 15 et 18 euros. Desserts : 9 euros. Salon privé d’une quinzaine de personnes (avec entrée secrète) sur demande.

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