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Lee Ranaldo

Le jeune sexagénaire a sorti l’an dernier son douzième album solo Electric Trim avec lequel il poursuit son exploration des sonorités chaudes et organiques de la guitare acoustique. Venant d’un des plus grands guitaristes électriques de l’histoire du rock, l’entreprise intrigue. Le résultat est sublime.

Avec Sonic Youth, séparé depuis 2011, il a changé la face du rock électrique. Plus précisément, de la guitare électrique. Combinant de subtils accordages alternatifs, des pédales d’effets de saturation et l’utilisation d’outils incongrus – tournevis, archets, baguettes – pour frapper les cordes de ses guitares, Lee Ranaldo sortait des sons jamais entendus, d’une amplitude allant du murmure de larsen au vacarme le plus étourdissant. Une tempête sonique savamment dosée qui ne virait jamais au foutoir grâce à l’impérial Steve Shelley à la batterie.

Le jour d’après
En 2012, le pauvre Lee a donc perdu son groupe, dévoré par la rupture entre Kim Gordon et Thurston Moore et, un malheur n’arrivant jamais seul, il se prend aussi l’ouragan Sandy en pleine tronche. Sale temps pour les habitants de Lower Manhattan, dont il fait partie. En plein blackout et au milieu des drames qui se jouent dans la Grosse Pomme pendant ce triste épisode, il trouve le réconfort dans les courbes de sa guitare acoustique. Plusieurs chansons vont naître cette semaine-là, sous la lueur vacillante de sa bougie. Elles termineront sur l’album Last Night on Earth, publié l’année suivante. Au final, les chansons ne sont pas à proprement parler acoustiques, mais on distingue bien l’origine boisée des morceaux. Ranaldo sautera le pas un an plus tard avec l’album Acoustic Dust, une compilation des morceaux réinterprétés dans des versions dépouillées de tout leur attirail électrique, sans perdre une once de leur tension. Un disque majeur et une véritable révélation pour l’Américain, qui se découvre un son de rockeur presque classique, quelque part entre REM et Neil Young.

Montagnes marocaines
Avec Electric Trim, Lee Ranaldo reprend les choses là où il les avait laissées à l’issue d’Acoustic Dust, seulement avec un supplément de sérénité. Comme s’il avait enfin trouvé les réponses à des questions qui le taraudaient depuis des années. La séparation de Sonic Youth semble enfin digérée et lui, heureux avec sa musique. Et ça s’entend. Les titres sont tranchants, affutés. Le chant est plein de confiance. En ouverture, l’ébouriffant Moroccan Mountains alterne passages aériens et frénétiques montées en puissance. Elles portent bien mal leur nom, ces montagnes russes. Les titres suivants sont encore meilleurs : le country-rock rond et chaud d’Uncle Skeleton est irrésistible, Let’s Start Again et Last Looks sonnent déjà comme des classiques… Avec le vieil ami Steve Shelley à la batterie, l’entente est parfaite. Le reste du groupe, composé de ses compagnons de route Alan Licht et Tim Luntzel et des invités Nels Cline (Wilco) et Sharron Van Etten, est au diapason. On sait que sur scène, le résultat sera encore plus poignant.

Alexandre Queneau

 

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