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Régis Jauffret

La littérature n’a que faire des faits. Par contre, elle est capable d’inventer tout un monde, et une langue qui s’y rapporte. C’est ce qu’a réussi à faire Régis Jauffret depuis des lustres, avec un génie littéraire et un appétit de narration qui laisse pantois. Avec Sévère, il inventait une langue sexuelle à la première personne du féminin écrite à partir de l’affaire du banquier Stern aux tendances SM. Un roman époustouflant qui a marqué un virage dans son oeuvre déjà riche (une vingtaine de livres). Ayant travaillé autrefois pour un magazine de faits divers, il a récidivé avec Claustria, inspiré par l’affaire Josef Fritzl qui enferma et fit cinq enfants à sa fille dans la cave de sa maison en Autriche. À chaque fois, jusqu’à La Ballade de Ryker’s Island, roman féministe sur l’affaire DSK, il ne s’agit surtout pas pour lui d’écrire un mauvais épisode de Faites entrer l’accusé, sur le mode voyeuriste, fasciné par un fait divers sordide. Au contraire, Jauffret utilise le fait divers comme une matière première, mais avant tout comme le réceptacle de la société qui le regarde.

Famille, médias, politique, moeurs, Jauffret réinvente tout ce qui ne peut être dit en s’immisçant dans la tête de ses personnages. Le réalisme chez Jauffret garde toujours une part fantasmatique. Avec ses Microfictions 2018, il semble faire exactement le contraire : dans un foisonnement de narration prodigieux (chaque récit d’une page et demie contient un roman en miniature), il semble s’adonner à des contes drolatiques à l’humour noir, comme un Balzac des temps modernes. Mais aussi folles soient les situations, elles n’évoquent qu’un miroir déformé de nos manies individualistes et nos fantasmes les plus secrets, pour le meilleur et pour le pire. Avec toujours une infinie tendresse. Régis Jauffret est bien le plus grand peintre contemporain de l’âme humaine, en plus d’être un styliste hors pair. Bref, un grand écrivain.

L.H.

 

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