Il fait froid au Groenland

Pauline Sales est un peu l’auteur officielle du théâtre contemporain. Son écriture dramatique ne nous a malheureusement jamais convaincu, pas plus quand elle abordait le thème archi-rebattu des familles recomposées dans Les Arrangements aux Célestins, que lorsqu’elle aborde ici une femme en rupture sentimentale partant avec sa fille vers une destination imaginaire. Le Groenland appartient à ces spectacles qui parlent beaucoup pour ne rien dire, signalant tous les gimmicks de la société contemporaine dans une écriture à la dramaturgie plus plate que la Hollande (on n’est jamais allé au Groenland). Dans cette espèce de catalogue de clichés pour femme seule, on passe des légumes bio au World Trade Center dans la même phrase, de la météo à l’extrême droite ou à “l’insécurité et la retraite”, le tout dans des costumes bien petit bourgeois d’un certain théâtre contemporain des plus paresseux. Avec bien sûr, un petit couplet consacré au cancer et aux femmes victimes sur des dialogues parfois atterrants : “Quand tu as été violée, tu ne fais plus la cuisine de la même façon”. A part à la toute fin du spectacle où le texte consent enfin à un peu de construction dramatique, le reste n’est qu’une énumération assez vaine des maux contemporains, un peu comme le dernier Dîner en ville de Christine Angot. Méritoire, Tiphaine Rabaud-Fournier reste beaucoup trop proche de son personnage pour pouvoir le faire vraiment exister dans une écriture aussi décousue. La bonne idée réside dans la mise en scène de Baptiste Guitton, minimaliste avec piano droit tournant. Sébastien Quencez fait vibrer les notes de Bartok en même temps qu’il compose une figure masculine muette, acquérant d’autant plus de présence qu’elle est la seule à échapper au texte. L.H.

Le Groenland de Pauline Sales. Mise en scène de Baptiste Guitton. Jusqu’au samedi 14 avril au TNP à Villeurbanne, petite salle. De 14 à 25 €. tnp-villeurbanne.com

 

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