L’Île aux chiens

Symétrie clinique des plans, méticulosité des détails foisonnants, humour pince-sans-rire… Pas de doute, nous sommes bien dans un film de Wes Anderson, ou plutôt un film d’animation. Après Fantastic Mr Fox, le réalisateur retrouve le stop-motion pour nous emmener cette fois-ci au Japon avec cette fable dystopique. Pour endiguer une épidémie de grippe canine, le maire de Magasaki envoie les chiens de la ville sur une île faisant office de déchetterie, rebaptisée l’Île aux chiens. Mais Atari, le neveu du maire, part retrouver son chien Spot aux côtés d’une bande de sacs-à-puces pelés et éternueurs. Comme à chacun de ses films, on retrouve la petite musique si particulière de Wes Anderson, une sorte de cocon familier qui nous réserve pourtant toujours son lot de surprises et de fantaisies. Et le dandy texan s’en donne à cœur joie, à commencer par un univers visuel étrange et presque froid dû aux imperfections (voulues, on parle d’un cinéaste ultra-perfectionniste quand même) du stop-motion. Il y met en scène des animaux qui parlent anglais et des humains japonais, mais qui ne sont pas toujours traduits, des chiens de salon adeptes de ragots et de vote à pattes levées, fait des commentaires sur le film lui-même ou encore ressuscite Margot Tenenbaum en chienne de concours. C’est foisonnant, drôle, fin et presque trop riche avec un scénario qui se perd parfois en arabesques et flash-backs. C’est bien ce qu’on peut reprocher aux films de Wes Anderson : comme du papier peint à fleur anglais, ils fatiguent les yeux, mais ça fait partie de leur charme. Alors courez voir ce beau film singulier, pas vraiment fait pour les enfants.

C.S.

L’Île aux chiens, de Wes Anderson (U.S., 1h41).

Autres suggestions de sorties