La passion de Jeanne d’Arc

Qui n’a jamais vu le visage de Renée Falconetti dans la Jeanne de Dreyer ne peut pas avoir une idée tout à fait complète des émotions possibles au cinéma. Le film, à la simplicité diaphane, se concentre sur le procès jusqu’au bûcher, Dreyer se focalise sur toute l’humanité de l’âme d’une femme qui va survivre à ses opresseurs. Film miraculeux au sens propre comme au sens figuré (le négatif, perdu, fut retrouvé par hasard dans un asile au Danemark), La Passion de Jeanne d’Arc est un vrai-faux film muet (tourné pour être parlant)dans lequel on jurerait entendre les lèvresdes personnages qu’on voit bouger en gros plans.

Aucun prosélytisme ici : Jeanne n’est pas sainte, elle est un visage rustique faisant face à ses bourreaux avec la vérité que Dreyer a toujours accordée à ses visages de femmes, se métamorphosant au fur et à mesure de son supplice. Plus elle va souffrir et plus le film s’efforcera d’extraire son humanité lumineuse dans une blancheur quasi immaculée.

Nan Goldin avant l’heure Mêlant l’architecture médiévale la plus simple à des plans d’avant garde en plongée ou contre-plongée, un siècle d’art défile sous nos yeux, des yeux roulants du cinéma muet au réalisme déchirant d’une photo de Nan Goldin avant l’heure. Comme toujours, la souveraineté féminine et l’attention pour les gestes d’humanité innondent le cinéma de Dreyer : cheveux rasés, lèvres qui tremblent, un bébé tète le sein de sa mère dans l’assistance tandis que la comédie humaine des hommes ricane autour du supplice de Jeanne. Les autres visages de femmes viendront  la soutenir sur le bûcher, pour ce qui constitue parmi les plus belles images qu’on n’ait jamais vues au cinéma.

C’est poignant, féministe, jusqu’aux dernières paroles qu’elle prononce et qu’on jurerait avoir entendues. Un prodige.

 

L.H.

 

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