La Route sauvage

Les États-Unis, ce sont les Anglais qui en parlent le mieux ! Après Comancheria l’année dernière, et le tout juste oscarisé Three Billboards, c’est de nouveau à un cinéaste britannique que l’on doit cette poignante plongée au coeur de l’Amérique profonde, où un adolescent brutalement livré à lui-même va entreprendre un voyage initiatique pour tenter de se reconstruire, en prenant soin d’un cheval de course sur le retour. Les ombres bienveillantes de Mark Twain ou Steinbeck accompagnent un récit qui s’inscrit sans effort dans une tradition littéraire attentive aux laissés pour compte du rêve américain, tout en célébrant la splendeur d’une nature glorieuse. Pour autant, le film impressionne par sa sobriété visuelle et sa confiance sans faille envers la force de ses personnages et de son scénario, structuré en trois actes, qui déjoue les attentes et les stéréotypes. À l’image de la relation tendre et drôle entre le jeune Charley et son père célibataire, grand gaillard immature qui l’élève seul. Quant aux liens que noue l’adolescent avec son cheval en sursis, loin d’être idéalisés, ils ne se révèlent que béquille provisoire, une nécessaire étape du deuil. Souvent bouleversant, La Route sauvage ne bascule jamais ni dans le misérabilisme, ni dans l’optimisme par trop sucré : malgré ses rencontres avec des adultes bienveillants, Charley va expérimenter l’esprit américain dans sa forme la plus sèche et ne compter en dernière instance que sur lui-même pour écrire une fin à son histoire, apaisée mais fragile.

A.L

La Route sauvage, d’Andrew Haigh (EU, 2h) avec Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny…

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