Plaire, aimer et courir vite : cache-cache party

Il y aura donc eu deux très beaux films français sur les amours homosexuelles au temps du Sida des années 90 : 120 battements par minute l’an passé et ce beau film d’Honoré aujourd’hui. La comparaison s’arrête là. Autant le film de Robin Campillo brossait le portrait d’une génération de combat, autant le film d’Honoré est avant tout un autoportrait intime et rétrospectif, en forme de mélo distancié. Peu d’effusions, une narration cousue de musiques iconiques, une histoire d’amour qui se cherche et une préciosité des dialogues assumée : après un temps d’adaptation, le film s’envole vers une tendresse inconnue jusqu’ici du cinéma d’Honoré. Trois acteurs au sommet (ne pas oublier Podalydès!) pour peindre trois visages et trois âges de l’homosexualité : le jeune homosexuel qui se ment encore un peu à lui-même, le voisin plus dévoué à son ami qu’à sa propre cause, et l’écrivain malade du sida qui bute contre une mort annoncée. « Saillir la beauté », voler des instants tant qu’il est encore temps, c’est le beau projet de ce mélo souvent drôle, ne grossissant jamais les sentiments de ses personnages, étreignant les instants les plus simples et les plus précieux d’une vie. Le fantôme caressant d’un amour aimé revenant à la surface dans une baignoire, des larmes tues sur Anne Sylvestre dans une voiture ou la dignité des derniers instants d’amitié dans une dernière scène bouleversante au-delà des mots… Dans une forme cinématographique plus ambitieuse qu’à l’accoutumée, usant de travellings et de sauts temporels, Honoré aura filmé la plus douce des tendresses chez des personnages prenant l’air de rien, plus soin des autres que d’eux-mêmes, chacun touché en plein coeur par ce renoncement douloureux d’être encore vivant en ne pouvant plus tout à fait vivre sa vie. L.H.

Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré (Fr, 2h12) avec Pierre Deladonchamps, Vincent Lacoste, Denis Podalydès, Sophie Letourneur… Actuellement en salles.

Autres suggestions de sorties