Les Naufragés

Plongé dans une semi-obscurité, un voilier repose, échoué sur une dune. Autour, on devine la carcasse d’une voiture enfouie dans le sable alors que le flux et reflux de la mer caresse la plage. Voici le décor impressionnant des Naufragés, le dernier spectacle d’Emmanuel Meirieu créé pour les Nuits de Fourvière. Le metteur en scène lyonnais adapte ici le livre de Patrick Declerck, psychologue qui a vécu plus de 20 ans au contact des clochards de Paris, et navigateur passionné. Formidable interprète seul en scène, François Cottrelle donne corps aux mots avec sa voix grave chargée d’émotion. Planté derrière son micro, âpre, il rend tangible la relation amour/haine avec ces claudos qui puent la pisse et le mauvais vin.

Ça commence fort. Sauf qu’on finit à un moment par décrocher devant un théâtre aussi immobile. Si les jeux de sons et la projection d’images dans l’espace sont une réussite, dommage que le décor si beau ne serve finalement que si peu, comme une métaphore trop appuyée. Dommage aussi qu’en invoquant Shakespeare et Chopin dans un final qui n’en finit pas, Meirieu tombe dans la surenchère d’émotion. Lui qui dit « écrire à l’os en enlevant le gras » fait tout le contraire dans sa mise en scène, qui avait pourtant débuté sans apprêts, alors que son sujet demande une économie d’effet. Reste la très belle idée d’ouvrir la porte de la halle Debourg, où se tient le spectacle, sur la rue et les passants étonnés. Comme pour mieux dire que le théâtre doit être ouvert sur le monde.

C.S.

Les Naufragés, d’après le roman de Patrick Declerck, mise en scène d’Emmanuel Meirieu. Avec François Cottrelle, Stéphane Balmino. Production : La Comédie-Odéon. Dans le cadre des Nuits de Fourvière.

 

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