Désobéissance

Fille de rabbin, Ronit retourne dans sa famille à la mort de ce dernier, dans le quartier juif londonien. Elle retrouve son amie d’enfance Esti, qui bien que mariée à un orthodoxe, ne reste pas longtemps indifférente à cette nouvelle intruse. Sans la moindre caricature, après l’Oscar du meilleur film étranger pour Une femme fantastique autour d’une transsexuelle s’amourachant librement d’un homme plus âgé, Sebastián Lelio s’adonne cette fois aux amours saphiques en milieu confiné. Usant dès le générique d’une musique des plus expressives (signée Matthew Herbert), il nage dans les non-dits et les interdits comme un poisson athée dans l’eau, créant une mise en scène en apesanteur, volontiers chorégraphiée, où surnage la sensualité des interprètes. C’est peu de dire que la sublime Rachel Weisz y trouve ici un de ses plus beaux rôles depuis The Deep blue sea de Terence Davies, crédible jusqu’à une scène de sexe magnifique avec sécrétions en option. Mais c’est surtout la façon de filmer l’enfermement et le dilemme moral qui est ici parfaitement maîtrisée, à travers le rôle de la mère de famille de Rachel McAdams, comme celui du pieux mari (extraordinaire Alessandro Nivola), arbitre des élégances entre femmes jamais manichéen, d’abord floué avant de révéler lui aussi toute son intelligence. La désobéissance du titre, c’est aussi la sienne. Retrouvant le sentiment de claustration de son premier film La Sagrada familia, le réalisateur chilien aura plutôt réussi ses débuts hollywoodiens, c’est déjà pas mal.

Luc Hernandez

Désobéissance, de Sebastián Lelio (EU, 1 h 54) avec Rachel Weisz, Rachel McAdams, Alessandro Nivola…

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