Opus oh puce, aux puces – Erik Dietman

C’est ce qui s’appelle un grand esprit, ludique, inventif, qui s’était surtout consacré à des sculptures monumentales, mais toujours dans l’esprit d’un dilettantisme curieux. Né en 1937, Erik Dietman (il avait enlevé un « n » à son nom pour paraître plus suédois que germanique) avait failli partir pour les Etats-Unis après la guerre. Mais comme sa vie est un roman qu’il a toujours entretenu avec la plus vive  imagination, il s’était fait arrêter pour une histoire de papiers et avait fini au poste en France à dessiner les flics qui l’interrogeaient. Car pour Erik Dietman, comme il se plaisait à le dire du haut de sa ronde silhouette, «  dessiner, c’est mon jogging ».

Trente ans après une grande expo que lui avait déjà consacré le Musée des Beaux-Arts, à l’occasion de la donation d’une vingtaine, le plus contemporain des musées d’art en région récidive avec beaucoup de panache. Tableaux collages, humour corrosif, joies colorées, poésie du déchet très enfantine et détournement de la réalité du monde à travers des choses existantes, Dietman joue avec les cartes géographiques comme un multiple jeu de formes, des sparadraps pour « panser » les choses, ou des mini portraits dont une Mère lyonnaise ou un Adolf petit déj avec la tête d’Hitler découpée dans l’assiette avec un peigne en guise de bouche pour le faire taire. Ce portrait disséminé en mille façons d’investir le monde conclut sa géométrie décadente par une œuvre de la collection du Mac de Lyon occupant toute la dernière salle : L’art mol et raide ou l’épilepsisme-sismographe pour têtes épilées, ou une série de 39 têtes de mort éborgnées sur des carottes en béton, leur os prenant particulièrement bien la lumière. Ou comment réveiller les morts de l’art contemporain avec un esprit qui rit encore de dedans sa tombe. Splendide.

L.H.

 

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