Don Giovanni, physique et sans issue

Un Don Giovanni emprisonné dans ses fantasmes, voilà la belle idée de cette approche aussi radicale que douce d’un de nos metteurs en scène chouchou, encore exclusif à l’Opéra de Lyon, David Marton. L’ouverture est une merveille : Leporello, transformé en chef d’orchestre de salon, lance un phono à vide sur sa chaîne hifi. Don Giovanni se revoit adolescent dans une forme de couple idéal. Un rideau bleu Klein comme la mort vient refermer cette image d’éden amoureux qui ne reviendra jamais. L’orchestre peut commencer. Dans Don Giovanni, avec une des plus belles ouvertures du répertoire, tout commence avec la mort. Et c’est justement cette image de sa jeunesse qui reviendra tuer Don Giovanni à la fin, comme un personnage qui n’aura jamais voulu vieillir. Dans une des plus extraordinaires mises en scène de la scène finale du souper, foin du Commandeur, c’est la mort qui vient frapper et c’est son double adolescent qui viendra assassiner Don Giovanni, dépliant soigneusement la serviette de son pique-nique pour lui offrir la lame de rasoir avec laquelle se suicider. Comme un homme qui n’aura jamais voulu faire le deuil de l’ivresse de sa jeunesse. Séquence sublime d’un des plus beaux Don Giovanni qu’on ait pu voir sur scène. Car si David Marton opte pour la noirceur et la dépression, ajoutant même un soliloque d’un romancier contemporain, il n’oublie ni la sensualité ni l’humour à froid.

The Pillow book

Le strip-tease en quatre blouses de Zerlina en infirmière qui n’en finit pas de se déshabiller est irrésistible, tout comme le running gag d’un Don Ottavio revenant de plus en plus vieux sur scène pendant que Donna Anna chante son amour, prêt à l’accompagner jusqu’au bout de la vie ! Le célèbre air du catalogue de Leporello devient un défilé de vinyles et d’affiches de cinéma, d’où finissent par surgir tous les types de créatures féminines, de la cow girl au travelot… Mais la qualité suprême de David Marton, c’est qu’il n’est pas de geste dans sa mise en scène qui ne traduise pas profondément la musique de Mozart, de la caresse à l’assaut de Don Giovanni sur Donna Anna dans le lit à baldaquin au centre de la scène, voyant défiler toutes les proies et tous les fantasmes, un peu comme dans le Baby of Macon de Peter Greenaway. On lui pardonne alors la coquetterie inutile de vouloir superposer par moments un texte contemporain au livret de Da Ponte dans les surtitres, d’autant que la distribution vocale est étincelante : Philippe Sly est le meilleur Don Giovanni d’aujourd’hui, bondissant, pâle et mélancolique, et la Donna Anna d’Eleonora Buratto a été justement acclamée le soir de la première, tout comme notre ténor lyonnais préféré, Julien Behr. Un Don Juan sensuel et tragique, physique et sans issue, psychanalytique au meilleur sens du terme. Une grande soirée qui vous attend, en live sur scène ou en retransmission. L.H.

XXXX Don Giovanni de Mozart. Mise en scène David Marton. Direction musicale : Stefano Montanari ; Jusqu’au mercredi 11 juillet à 20h (dim 16h) à l’Opéra de Lyon, Lyon 1er. De 10 à 108 €. opera-lyon.cm

Vidéotransmission gratuite samedi 11 juillet à 21h30 aux Nuits de Fourvière. nuitsdefourviere.com

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