Hérédité

Si le cinéma d’horreur hollywoodien se porte aujourd’hui plutôt bien, du moins côté business (petits budgets, grosses recettes), il se résume trop souvent à un simple tour de train fantôme, efficace mais sans âme. Hérédité renoue avec l’ambition de glorieux aînés comme Rosemary’s Baby ou L’Exorciste, modèles évidents, mais jamais écrasants, de ce premier film impressionnant. Avec ce récit glaçant d’une mère névrosée, dépassée par la succession de tragédies qui semblent s’abattre méthodiquement sur sa famille dysfonctionnelle, Ari Aster avance avec maestria sur la frontière imperceptible qui sépare la folie et le surnaturel, et qui fait le prix des meilleurs films du genre.

Dès son étrange plan d’ouverture, un malaise diffus s’empare du spectateur pour ne plus le lâcher et monter implacablement en intensité, le film démarrant comme un drame familial pour sombrer dans un dernier acte… dont on ne dira rien ! Hautement perturbant, Hérédité tisse patiemment sa toile, convoquant les angoisses les plus existentielles, celles qui rampent sous la surface trompeuse de liens familiaux normés, défient notre intellect et notre besoin impérieux de tout rationaliser. De fait, la terreur passée, le film révèle aussi sa dimension ludique, à la mécanique fascinante. Un puzzle diabolique, formellement impeccable, jouant sur une gamme qui va de la rigueur minimaliste à des accents plus baroques qui fleurent bon les seventies. On donne en prime tout de suite notre Oscar 2019 de la meilleure actrice à Toni Colette, proprement extraordinaire !

Alban Liebl

Hérédité, de Ari Aster (EU, 2 h 06) avec Toni Collett, Gabriel Byrne, Alex Wolff…

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